Les principaux épisodes du film d’espionnage de Renault

Les principaux épisodes du film d’espionnage de Renault

 Par Catherine Mollicone – publié le 04/03/2011 à 17:58

Au début tout le monde a cru à cette histoire d’espionnage chez Renault. La piste chinoise, surtout, apparaissait séduisante. Et puis, loin de se dissiper, les zones d’ombre de ce feuilleton se sont épaissies. Aujourd’hui, Renault est sur le point de confesser des erreurs. En quelques dates, le déroulement de cette prétendue affaire d’espionnage.

Une usine Renault.
Denis Sinyakov / Reuters

3 janvier 2011. Trois cadres suspectés d’avoir perçu des pots-de-vin
Trois cadres de Renault, soupçonnés d’avoir reçu des dessous-de-table, sont débarqués de leur bureau au siège de Renault. Qui sont les accusés ? Michel Balthazard est directeur, responsable de l’ingénierie avancée, essentiellement pour la voiture électrique, et membre du comité de direction du groupe. Bertrand Rochette est son adjoint. Et Mathieu Tenenbaum occupe la fonction de directeur adjoint du secteur « voiture électrique ».

4 janvier 2011. L’affaire est portée à la connaissance du public
Rien ne filtre chez Renault. Le Technocentre de Guyancourt, se met en frais pour recevoir la visite, prévue de longue date, d’Éric Besson. Le tout nouveau ministre de l’Industrie s’intéresse aux voitures électriques. En fin de journée, l’AFP, révèle la mise à pied des trois cadres et les soupçons qui pèsent sur eux.

5 janvier 2011. Renault reste muet
La presse assaille la direction de Renault. Mais, le constructeur se refuse à faire de déclaration officielle. Alors que les trois accusés clament leur innocence, on apprend que Renault suspecte une affaire d’espionnage ayant pour cible la voiture électrique.

6 janvier 2011. Éric Besson est scandalisé
Éric Besson prend l’affaire très au sérieux. Lors d’une interview sur RTL, il déclare « la seule chose que je puisse vous dire, c’est que l’affaire paraît sérieuse, qu’elle illustre une nouvelle fois les risques pour nos entreprises en matière d’espionnage industriel ». Renault publie alors un communiqué signé par Christian Husson, le directeur juridique et déontologie. Sans parler d’espionnage, il affirme qu' »il s’agit de faits très graves concernant des personnes en position particulièrement stratégiques dans l’entreprise. » Il assure, en outre, que l’enquête sur les trois cadres a été « parfaitement normée, très rigoureuse et garantit le respect des principes éthiques ».

7 janvier 2011. La piste chinoise est avancée, les politiques montent au créneau
Se basant sur des sources internes, le Figaro affirme que les trois cadres incriminés auraient vendu des brevets sur la batterie et le moteur des futurs véhicules électriques de la firme. Les informations presse sortent en cascade. Le Figaro avance que « Renault soupçonne un acteur chinois« . Lepoint.fr découvre que les cadres mis en cause « auraient été rémunérés au moyen de comptes bancaires à l’étranger ». Et Le Monde évoque des « sociétés écrans « . Dans le même temps, Renault se décide enfin à solliciter les services de la DCRI. Mais, vexés de ne pas avoir été associés à l’enquête interne, les service secrets se contentent de prendre acte des soupçons. De son côté, Éric Besson regrette que l’État, principal actionnaire de Renault, ait pris connaissance de l’affaire dans la presse. Pour Bernard Carayon, qui doit soumettre une proposition de loi pour instaurer un « secret des affaires », ces révélations sont du pain béni. Le député UMP en profite en effet pour dénoncer cette affaire qui « illustre la vulnérabilité des entreprises françaises. »

13 janvier 2011. La justice s’empare du dossier
Renault porte plainte contre X pour « des faits constitutifs d’espionnage industriel, de corruption, d’abus de confiance, de vol et recel, commis en bande organisée », et vise « une puissance étrangère ». La justice va pouvoir évaluer les accusations contre les trois cadres qui clament toujours leur innocence. D’après le Canard enchaîné, le dossier de Renault est vide. Aucun document, ni courrier, ni relevé de compte bancaire ne vient étayer la thèse de l’espionnage. Les enquêtes judiciaires vont aussi étudier les conditions dans lesquelles Renault a mené son enquête interne. On soupçonne Renault d’avoir fait appel à un enquêteur privé.

14 janvier 2011. Le doute s’immisce, Renault maintient sa version
Libération, recueille les confidences d’un grand patron qui met en cause le sérieux de cette affaire d’espionnage. Toujours sans preuve, certains journalistes commencent eux aussi à douter. Pourtant, sans apporter d’éléments nouveaux, Renault maintient sa version officielle. La pression monte encore d’un cran lorsque les trois cadres mis en cause portent plainte devant la justice. Dans la presse et à la télé, le PDG de Renault, Carlos Ghosn, justifie les soupçons d’espionnage mais n’apporte pas plus de preuves aux accusations. En réponse à L’Express qui lui demande de fournir des preuves de la culpabilité des 3 suspects, il rétorque « Nous ne sommes pas des amateurs. Nous n’avons quand même pas monté cette affaire de toutes pièces! »

17 janvier 2011. Éric Besson toujours vent debout contre les accusés désignés
La Chine, toujours montrée du doigt, dénonce des « accusations sans fondement et irresponsables ». Éric Besson se défend alors sur France 2, et affirme : « je ne stigmatise par un pays sans preuve, surtout lorsqu’il s’agit d’un pays avec lequel nous avons des relations commerciales étroites ».

31 janvier 2011. L’attitude de Renault intrigue de plus en plus
Renault peine à collaborer avec la justice et la DCRI. Le comportement du constructeur automobile suscite beaucoup d’interrogations. A-t-on jamais vu un plaignant rechigner ainsi à fournir les preuves de la culpabilité du clan adverse ? Les cadres auditionnés ne sont pas non plus très bavards, ils refusent ostensiblement de livrer des informations liées à l’enquête.

10 février 2011. Le dossier se fragilise encore
Le Canard Enchaîné révèle que le rapport de l’enquêteur privé, qui a conduit à la mise à pied des trois cadres accusés, ne repose sur « aucune pièce justificative présentable ». Le cabinet privé d’intelligence économique Geos a facturé à son client une enquête pour le moins bâclée. Renault demeure inflexible et campe sur sa position. Au moment de la présentation des résulats annuels du constructeur, la direction de Renault justifie le recours à un cabinet privé et exclut la thèse d’une machination montée de toute pièce pour évincer les dirigeants de la branche « véhicules électriques ». Selon Le Figaro, l’enquête privée de Renault avait révélé que les dirigeant soupçonnés avaient touché de fortes sommes sur des comptes ouverts en Suisse et au Liechtenstein. Mais, le 23 février, des sources proches du dossier révèlent que les autorités suisse n’ont retrouvé aucun compte au nom de Matthieu Tenenbaum.

2 mars 2011. La direction de Renault admet l’éventualité d’une manipulation.
En interne, alors que la justice ne parvient pas à dénicher la moindre preuve de commissions occultes, Patrick Pelata semble admettre, pour la première fois, selon Libération, que toute cette affaire pourrait se réduire à une opération de manipulation, ou de déstabilisation. Et on apprend qu’aucune trâce de compte au Lichtenstein n’a été retrouvée..

4 mars 2011. Patrick Pelata prêt à jouer les fusibles
Le numéro deux de Renault refuse encore d’abandonner complètement la thèse de l’espionnage, mais il évoque l’hypothèse d’une manipulation. Et assure qu’à l’issue de l’enquête, la direction de Renault assumera « toutes les conséquences jusqu’au niveau le plus haut de l’entreprise, c’est-à-dire jusqu’à [lui] ». Christine Lagarde et Eric Besson saluent sa dignité, et demandent à ce que la direction de Renault assument ses responsabilités en cas d’erreur. Bernard Carayon lui pratique le lâchage médiatique. Le spécialiste de l’intelligence économique juge très sévèrement l’attitude de Renault et dénonce un « massacre de la présomption d’innocence ».

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