Affaire Renault : l’argent extorqué en Suisse et à Dubaï

Siège de Renault à Boulogne-Billancourt.
Siège de Renault à Boulogne-Billancourt. Crédits photo : ERIC PIERMONT/AFP
16/03/2011 | Mise à jour : 17:06 Guillaume Guichard

Le montage financier qui aurait été mis en place par le numéro deux de la sécurité du groupe mis en examen pour escroquerie a été mis au jour par les enquêteurs. Il laisse les experts perplexes.

Si Renault a fait preuve «d’amateurisme» dans la pseudo affaire d’espionnage dont il a été victime, selon le porte-parole du gouvernement François Baroin, le présumé escroc n’aurait pas montré la plus grande adresse pour camoufler les fonds extorqués au constructeur. Les enquêteurs auraient déjà mis la main sur environ 100.000 euros en Suisse et 140.000 euros à Dubaï.

Dominique Gevrey, numéro deux de la sécurité du groupe, a été mis en examen pour «escroquerie en bande organisée» et placé en détention dimanche. Il est soupçonné d’avoir fourni de fausses informations ayant conduit au licenciement de trois hauts dirigeants pour espionnage. Le responsable à la sécurité affirmait au groupe qu’il était en contact avec une source anonyme qui lui fournissait des informations moyennant finance.

Fausses factures

 

En fournissant les sommes réclamées par son responsable à la sécurité, Renault espérait ainsi obtenir des faits prouvant de la culpabilité de ses cadres, à savoir les preuves définitives de l’existence de comptes en Suisse. L’enquête judiciaire a, depuis, prouvé que ces comptes n’existaient pas. Et les 310.000 euros versés par Renault n’ont pas été récupérés par la source, affirme le Canard, mais par Dominique Gevrey et un intermédiaire.

Pour ce faire, le numéro deux de la sécurité chez Renault aurait d’abord obtenu 245.000 euros de la part de Renault en proposant au groupe de fausses factures pour justifier le déblocage des fonds. Pour «brouiller les pistes» et protéger sa source anonyme, précise le Canard enchaîné, Gevrey aurait demandé à Renault de verser l’argent sur le compte d’un de ses amis en Espagne. Ce dernier aurait conservé une commission de 10% au passage. Le responsable de la sécurité aurait ensuite placé la moitié de la somme restante, soit environ 95.000 euros, en Suisse.

«Escroquerie d’amateurs»

 

Les fonds ainsi détournés avaient toutes les chances d’être retrouvés rapidement, selon Fabrice Marchisio, avocat spécialisé dans la traque des fonds: «Ce trajet financier est cousu de fil blanc, c’est une escroquerie d’amateur. En Europe, la traçabilité bancaire est très forte. Les banques sont obligées de fournir les informations demandées dans le cadre d’une enquête.» Et la coopération judiciaire en matière de blanchiment fonctionne bien, même, dans le cas présent, avec la Suisse, estime en substance l’avocat.

Dominique Gevrey aurait toutefois utilisé un deuxième circuit pour détourner l’autre partie des 245.000 euros, continue le Canard enchaîné. Cette somme aurait ainsi été placée au sein d’une société écran à Dubaï. L’homme aurait également prévu d’y verser les futures sommes réclamées à Renault, à savoir 195.000 euros puis 924.000 euros.

Société écran

 

Ce montage est plus opaque que le premier, admettent les spécialistes. «Il est très compliqué de récupérer les fonds à Dubaï, la justice pénale n’y a pas la même efficacité qu’en France», estime Fabrice Machisio. Principale place financière du Golfe, l’émirat est réputé pour la qualité de son secret bancaire.

La justice française «va devoir prouver que la société écran dubaïote appartient bien à telle personne inculpée, et que les fonds sont bien d’origine frauduleuse», ajoute Éric Vernier, universitaire et spécialiste du blanchiment. Ce dernier s’étonne par ailleurs du comportement de Renault: «Je suis très surpris que le groupe automobile ait versé de l’argent sur un compte à Madrid sous couvert de fausses factures».

Contacté par lefigaro.fr, le groupe n’a pas souhaité faire de commentaires à propos d’une enquête en cours. «Nous avons fait confiance, c’est probablement quelque chose qui est excessif», avait admis Patrick Pélata devant Le Figaro en début de semaine.

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