Laïcité : les propos de Guéant font polémique

Le Figaro Jérôme Bouin le 24/03/2011 | Mise à jour : 15:05

Le ministre de l’Intérieur a laissé entendre que les usagers des services publics devraient s’abstenir de porter des signes religieux. Son entourage a corrigé ses propos, mais le PS s’offusque.

Nouvelle explication de texte pour Claude Guéant. Après avoir dû s’expliquer sur l’usage du mot croisade pour qualifier le rôle de Nicolas Sarkozy dans l’opération en Libye, l’entourage du ministre de l’Intérieur se livre depuis jeudi matin à des précisions sur la dernière sortie de l’ancien secrétaire général de l’Élysée. Invité de I-Télé et Radio Classique, le ministre a fait cette déclaration, à propos du débat sur la laïcité : «Les agents des services publics évidemment ne doivent pas porter de signes religieux, manifester une quelconque préférence religieuse, mais les usagers du service public ne doivent pas non plus» (voir la vidéo à partir de 14’30).

Interrogé par lefigaro.fr, l’entourage du ministre a précisé la pensée de celui-ci. S’agit-il en effet d’interdire à une femme voilée, un homme portant une kippa, une croix chrétienne, de pénétrer dans un lieu public ? «Non», répond-on place Beauvau. C’est pourtant ce que la phrase du ministre pouvait laisser entendre.

L’explication serait à chercher du côté de la construction de la phrase, expliquent les services du ministre. La dernière partie des propos de Claude Guéant – «les usagers du service public ne doivent pas non plus» – s’applique à la «manifestation d’une préférence religieuse». «Il ne s’agit pas d’interdire à un usager des transports en commun de porter un voile, une croix», explique l’entourage de Guéant. «Il entendait bien dire que l’organisation du service public s’impose à l’usager et, comme le service public est neutre, un usager ne peut pas récuser un médecin ou quelqu’un d’autre pour un motif religieux», poursuit un membre de l’entourage du ministre interrogé par l’Agence France-Presse. Autrement dit, pas question pour le patient d’un hôpital de refuser d’être traité par un médecin du fait du sexe de ce dernier. «Ce n’est pas admissible», a relevé le ministre.

Risque de stigmatisation

 

«Il ne faut pas une loi», pour imposer ces règles, selon le ministre de l’Intérieur. «Il suffit de décrets parfois ou d’instructions». L’entourage du ministre explique avoir détecté plusieurs cas de refus de soin et qu’«un recensement est en cours». Des consultations auraient également été lancées auprès des représentants des cultes. Des textes ont besoin d’être réadaptés, explique-t-on, sans préciser de quel texte il s’agit.

La même source dans l’entourage du ministre reconnaît à demi-mot le risque de stigmatisation des populations de confession musulmane que cette déclaration pourrait susciter : «il y a des cas plus fréquents que d’autres, du fait de l’exercice d’une foi qui impose des choix un peu plus visibles», explique cette source.

L’intervention de Claude Guéant a entraîné la réaction de la patronne du Parti socialiste, Martine Aubry. Sans se prononcer sur le fond des propos, la numéro un du PS a demandé à Claude Guéant de faire «son boulot au lieu de diviser les Français» et d’«essayer de gagner des voix sur l’extrême droite». Secrétaire national du PS aux services publics, Razzy Hammadi a interprété ces propos comme un «délire maladif» de l’UMP. Quant au patron des députés PS, Jean-Marc Ayrault, il a dénoncé «le ministre qui murmurait à l’oreille du FN». «La loi sur les signes religieux existe. Elle a été votée à la quasi-unanimité du Parlement en février 2004. Nous attendons du ministre de l’Intérieur qu’il fasse appliquer sans distinction les lois de la République, pas qu’il exacerbe les tensions et alimente quotidiennement la polémique», affirme-t-il.

«La politique c’est moins facile qu’on ne le croit»

 

Estimant que les propos de Claude Guéant traduisent «une obsession anti-musulmane», le président du MoDem, François Bayrou, a demandé au gouvernement de «se ressaisir» après une série de «dérapages dangereux». «On ne va pas continuer à traiter du destin de la société française en cultivant une obsession anti-musulmane», a-t-il déclaré sur RTL, expliquant avoir eu «l’impression» que le ministre de l’Intérieur «ne contrôlait pas très bien ce qu’il disait». «Peut-être faut-il apprendre ce type de responsabilité, la politique c’est moins facile qu’on ne le croit», a-t-il dit.

Quant au président du conseil français du culte musulman (CFCM), Mohammed Moussaoui, il a souligné que les refus de soins pour des raisons religieuses restent des «situations marginales», le plus souvent «liées à une méconnaissance de la religion elle-même». «D’un point de vue religieux, en cas d’urgence (lorsque la vie est en danger, ndlr), il n’appartient ni au mari ni à la femme elle-même de mettre sa santé en péril pour des raisons de pudeur. Elle doit accepter d’être soignée par le médecin disponible», a-t-il ajouté. Il estime que les usagers des services publics peuvent exprimer leur appartenance religieuse s’ils respectent l’ordre public et la laïcité.

D’accord avec Guéant, l’ancien président du Front national Jean-Marie Le Pen a jugé que l’UMP tentait, avec ce genre de propos, de «réparer les pots cassés» entre les deux tours des cantonales.

(Avec AFP)

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