Grand emprunt : 100 projets de laboratoires d’excellence retenus

25 mars 2011

Ils se sont fait attendre plusieurs semaines, mais le premier ministre a fini par présenter, ce vendredi 25 mars, la liste des lauréats des “laboratoires d’excellence”, dit “labex” (vous pouvez charger le pdf de la liste ici ). Doté d’un milliard d’euros, cet appel d’offre a beaucoup fait parlé dans le landerneau scientifique (voir les récits d’Henri Audier ou des Echos ).

En effet, alors qu’une cinquantaine de projets devaient être retenus et financés, cette liste a été rallongée pour intégrer des projets portés par des laboratoires de grands noms de la recherche française non retenus dans un premier temps par le jury international, comme Jean Tirole, porteur du projet d’institut d’études avancées de Toulouse, Mathias Fink, du projet de l’Institut Langevin (ondes et images, du fondamental à l’innovation) ou encore Cédric Villani, l’un des porteurs du réseau de mathématique Carmin.

En revanche, alors que certains étaient convaincus d’être retenus, comme l’Ecole d’économie de Toulouse, la désillusion est très forte, puisque cette structure n’a finalement pas été sélectionnée (voir entretien ci-dessous).

26 labex de sciences humaines

Concernant les cent labex lauréats, les sciences humaines n’ont pas été laminées, comme le prédisaient beaucoup de chercheurs et responsables universitaires. Ce domaine recueille 26 labex, comme par exemple, le laboratoire d’art à Paris VIII (voir entretien ci-dessous), musique à Strasbourg, lettres et sciences humaines à Aix-Marseille ou l’ENS Ulm, urbanisme à Paris-Est, l’usage du monde par les sociétés anciennes à Bordeaux, etc. Viennent ensuite les domaines biologie-santé (23 labex), les sciences de l’environnement et de l’univers (17), les sciences numériques (15), l’énergie (10) et les nanotechnologies (9).

En revanche,  la répartition spatiale des implantations de labex est très instructive pour la suite des appels d’offre du grand emprunt. Leur très grande majorité se concentre dans la fameuse “banane bleue” de la recherche française. Une zone qui réunit l’Ile-de-France, l’Alsace, la région Rhône-Alpes et qui descend jusqu’à Montpellier.

Des indications pour les idex

Ainsi, les grands “gagnants” sont les pôles de recherche et d’enseignement supérieur parisiens. Les regroupements Sorbonne Universités (Paris-II, IV, VI) et Paris Sciences et Lettres (ENS, Dauphine, etc.) raflent chacun une dizaine de labex. Paris Cité (Paris-III, V, VII, XIII, etc.) en obtient 8, et participent à 7 autres. Hésam (Paris-I, Arts et Métiers, etc.) en obtient également 6. Saclay décroche 6 labex. Paris-Est est présent dans 4 labex. En région, Grenoble et Lyon ont chacun 8 labex, tandis que Montpellier en décompte 7, Strasbourg 6 et Bordeaux 5. Parmi les moins bien servis figurent Aix-Marseille et Toulouse (3 labex chacun), Bretagne (2), Lille et Lorraine (1). Par ailleurs, des universités plus modestes ont obtenu le label : Amiens ou Limoges, par exemple.

Sur cette base, dans la perspective de la sélection pour le second tour des initiatives d’excellence (Idex, 7,7 milliards d’euros), plusieurs sites universitaires se détachent. Sur les 17 projets d’Idex déposés, Paris Sciences et Lettres et Paris Sorbonne semblent les projets les plus sûrs de passer le barrage du premier tour en Ile-de-France. Saclay restant en ballotage. Plusieurs sources confirment cette possibilité, mais aucun responsable universitaire ne veut ou ne peut le confirmer. En région, les quatre universités les plus en vues sont Lyon, Grenoble, Montpellier et Strasbourg. De même, les universités refusent de confirmer ou infirmer cette possibilité. Le gouvernement promet l’officialisation des Idex sélectionnés au second tour en début de semaine prochaine.

Philippe Jacqué

Actualisation : pour l’initiative d’excellence, la dernière rumeur voudrait que Paris Sciences et Lettres, Paris Sorbonne, Bordeaux, Lyon, Grenoble, Strasbourg et Toulouse passent au second tour. Reste que tout peut encore bouger jusqu’à la présentation officielle. Ph. J.

“L’excellence n’est pas qu’au centre de Paris, mais également en banlieue”

Entretien avec Pascal Binczak, président de l’université Paris-VIII, dont le projet arts et médiations humaines a reçu le label “labex”

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Quel est votre sentiment après l’annonce des résultats labex ? 

Pour Paris-VIII, c’est une reconnaissance très importante pour notre travail. Nous allons saisir cette opportunité pour fédérer nos équipes de recherche. Ce projet va tirer vers le haut l’ensemble de la communauté. Notre ambition est la mise en place d’un centre universitaire des arts dans le Nord de Paris.

Qu’est-ce qu’un “laboratoire arts et médiations humaines” ?

C’est un lieu, déjà présent à Londres par exemple et dans de nombreuses capitales européennes. Il s’agit de construire un lieu d’interface entre la recherche académique, la pratique et la valorisation de la recherche. Il sera lié au “cluster de la création” en cours de développement à Paris. En bref, il s’agira de faire se rencontrer les chercheurs, tant en arts qu’en lettres ou en psychologies, et des artistes. De même, des ateliers thématiques d’échange seront créés.

Absent de tout regroupement parisien, Paris-VIII réussit toute seule ?

Effectivement, nous devons notre réussite à nos partenariats internationaux et à nos chercheurs. De même, et j’aimerai insister sur cela. Nous démontrons que l’excellence n’est pas qu’au centre de Paris, mais également en banlieue.

Propos recueillis par Ph. J.

“L’école d’économie de Toulouse se battra sans l’argent du grand emprunt” 

Entretien avec Christian Gollier, dont l’Ecole d’économie de Toulouse a été recalée aux appels d’offre labex.

gollierchristianiuf.1301043329.JPGComment expliquez-vous cet échec ? Etes-vous parti la fleur au fusil ?

Je vous avoue que je ne sais pas. Toutes les personnes qui ont lu notre dossier scientifique l’ont trouvé bon… Nous avions monté un vrai projet. Nous ne jouons pas seulement sur notre réputation.

Qu’allez-vous faire désormais ?

L’école se battra sans l’argent du grand emprunt pour améliorer son attractivité internationale. On l’a fait pendant 25 ans avant le réseau thématique de recherche avancé, on connaît la musique ! Cette année, nous allons recruter quatre jeunes économistes très prometteurs qui finissent leur doctorat à Yale et Stanford… Pour l’argent, nous comptions évidemment sur le grand emprunt, mais nous allons sans doute relancer une campagne de levée de fonds.

Avez-vous de l’amertume ?

Je vais prendre le temps d’analyser les commentaires du jury relatifs à notre projet de labex avant de prendre mes responsabilités le cas échéant. J’ai décliné ces dernières années plusieurs offres d’excellentes universités américaines…

Propos recueillis par  Ph. J.

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