Japon : une pollution très radioactive détectée au large de Fukushima

Des soldats japonais à la centrale de Fukushima, vendredi 25 mars.

Des soldats japonais à la centrale de Fukushima, vendredi 25 mars.AFP/JIJI PRESS

 Samedi 26 mars 2011, 08h55

Les travaux se poursuivaient à la centrale de Fukushima, samedi 26 mars, mais ils ont été à nouveau ralentis par la découverte de flaques radioactives dans trois des six réacteurs. Trois techniciens ont souffert de brûlures après avoir été exposés dans le réacteur n°3 à un niveau de radioactivité 10 000 fois supérieur à celui mesuré d’ordinaire dans un tel endroit, selon l’organisme gérant la centrale, Tepco. Au total, près de 700 personnes se relaient pour tenter de stabiliser les réacteurs de la centrale depuis plusieurs semaines, en vain.

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La découverte de flaques radioactives, qui doivent être évacuées le plus vite possible selon l’Agence de sûreté nucléaire japonaise, n’est que le dernier incident d’une longue série depuis le séisme qui a frappé le nord de l’île, le 11 mars, faisant au moins 10 151 morts et 17 053 disparus. Le premier ministre japonais, Naoto Kan, a reconnu en fin de semaine que l’évolution de la situation restait « imprévisible ». Tepco, qui a raccordé les réacteurs à des câbles électrique, pense que les opérations dureront au moins encore un mois.

Le mystère du réacteur n°3. Les autorités japonaises ont cru que le fort taux de radioactivité dans ce réacteur, qui concentre le plus d’inquiétude en raison de son état précaire, signifiait que la cuve était peut-être endommagée. L’Agence de sûreté nucléaire japonaise a ensuite estimé que cela pouvait provenir d’opérations de dégagement de vapeur menées pour faire retomber la pression, ou d’une fuite d’eau dans les tuyaux ou les valves.

Deux des six réacteurs ne présentent a priori plus de danger mais les quatre autres ne sont pas encore stabilisés et émettent de temps à autre de la vapeur et de la fumée. Malgré tout, l’Agence de sûreté nucléaire nippone a déclaré que la température et la pression s’étaient stabilisées dans l’ensemble des réacteurs. A Vienne, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a jugé que la situation n’avait guère évolué au cours des dernières 24 heures et « qu’il reste des incertitudes, fortement préoccupantes ».

Des experts américains se sont toutefois voulus rassurants face aux craintes d’une rupture de l’étanchéité d’un ou plusieurs réacteurs de la centrale, estimant que le pire scénario n’est peut-être pas aussi grave qu’on pourrait le craindre. « Si une rupture de la cuve du réacteur (numéro 3) et de l’enceinte de confinement peut être encore longtemps retardée, la radioactivité des combustibles nucléaires aura diminué d’autant », a expliqué vendredi lors d’une conférence de presse Edwin Lyman, un physicien de l’Union for Concerned Scientists, un organisme indépendant.

Pour Ian Hutchinson, professeur en science nucléaire au Massachusetts Institute of Technology (MIT), il n’est pas surprenant de trouver de l’eau très radioactive sur le site puisque les réacteurs de la centrale sont abondamment arrosés, depuis le séisme et le tsunami du 11 mars, en attendant la remise en marche de leur système de refroidissement. « Je ne suis pas particulièrement inquiet », a-t-il déclaré sur la chaîne de télévision CNN.

« La différence entre la pression à l’intérieur du réacteur et celle dans l’enceinte de confinement laisse penser que la cuve du réacteur est encore intacte », a noté Dave Lochbaum, autre spécialiste de l’Union of Concerned Scientists. « La source de cette radioactivité n’est pas claire puisque normalement le bâtiment abritant la turbine est isolé à la fois du coeur du réacteur et de la piscine contenant le combustible nucléaire épuisé », a-t-il cependant ajouté. « Rien n’indique que cette radioactivité pourrait provenir du coeur du réacteur ou du combustible épuisé endommagé se trouvant dans la piscine près du réacteur », a-t-il indiqué. « Nous n’en sommes pas sûrs jusqu’à présent avec les seules données » fournies par les autorités japonaises.

Radioactivité élevée à Tokyo et dans la mer. A Tokyo, samedi matin, une radioactivité de 0,22 milliSievert par heure était enregistrée, soit six fois la normale. Un tel degré de radioactivité ne présente cependant rien d’inquiétant pour la santé des populations, selon les autorités. En revanche, un fonctionnaire du ministère des sciences a confirmé que le niveau de radioactivité quotidienne dans la zone située à 30 km au nord-ouest de la centrale de Fukushima avait dépassé la dose d’une année de radiation naturelle. Et plus on se rapproche de la centrale, plus le taux est élevé.

Ainsi, le gouvernement japonais a mesuré des niveaux d’iode radioactif 1 250 fois supérieurs à la norme légale dans la mer, au large de Fukushima, renforçant les craintes d’une rupture de l’étanchéité d’un ou plusieurs réacteurs. Mardi, un renforcement des contrôles sur les poissons et fruits de mer pêchés le long des côtes avait été instauré. « Si vous buvez 50 centilitres d’eau courante avec cette concentration d’iode, vous atteignez d’un coup la limite annuelle que vous pouvez absorber. C’est un niveau relativement élevé », a expliqué un porte-parole de l’Agence de sûreté.

Les autorités japonaises précisent cependant que la radioactivité relâchée dans l’océan pourrait se diluer avec les marées et que la quantité d’iode absorbée par les algues et animaux marins pourrait être moindre. Reste la crainte de diffusion du césium 137, une substance radioactive dont la concentration ne se réduit de moitié que tous les 30 ans. Tepco dit avoir mesuré une concentration presque 80 fois supérieure à la limite légale de cette substance. L’organisation écologiste Greenpeace a annoncé qu’elle allait effectuer des relevés de radioactivité en dehors de la zone d’exclusion de 20 km autour de la centrale, estimant que « les autorités ont en permanence donné l’impression de sous-estimer à la fois les risques et l’étendue de la contamination radioactive ».

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