Coup de frein mondial sur l’énergie nucléaire

Le 20 mars, devant la centrale nucléaire de Biblis dans la Hesse, en Allemagne.
Le 20 mars, devant la centrale nucléaire de Biblis dans la Hesse, en Allemagne. Crédits photo : ARNE DEDERT/AFP

27/03/2011 | Mise à jour : 23:33 Fabrice Nodé-Langlois

L’accident de Fukushima contraint de nombreux pays à reconsidérer leur stratégie dans l’atome civil. L’Allemagne a déjà pris des décisions drastiques. D’autres s’interrogent.

Quoi qu’en pense le gouvernement français, qui jugeait «indécent» de lancer le débat sur l’arrêt du nucléaire dans les premiers jours de l’après-tsunami, la question s’est très rapidement imposée dans le monde entier. À commencer par l’Allemagne : revenant sur sa décision de prolonger les centrales, Angela Merkel a annoncé, quatre jours seulement après le séisme, la fermeture pour trois mois au moins des sept plus vieux réacteurs allemands. Samedi, plus de 200 000 Allemands ont défilé pour réclamer l’arrêt de toutes les installations. Outre-Rhin, le nucléaire est immédiatement devenu un enjeu électoral majeur. Et le phénomène pourrait faire tache d’huile.

Le poids de l’opinion

 

L’Italie, qui s’apprêtait à relancer son programme nucléaire arrêté il y a plus de vingt ans, a décrété un moratoire d’un an. Le temps d’évaluer les retombées de Fukushima. De l’autre côté des Alpes, la Suisse se dit prête à étudier tous les scénarios, de la poursuite de son programme à l’arrêt pur et simple. «Le 10 mars, veille du tsunami, la relance du nucléaire, aux États-Unis, en Espagne, en Grande-Bretagne, en Italie, avait le vent en poupe», rappelle William Ramsay, directeur du programme énergie à l’Institut français des relations internationales (Ifri). Les pays émergents se bousculaient à Vienne, à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) pour solliciter de l’aide afin de démarrer leur programme atomique. Parfois en partant de rien, sinon une poignée de physiciens. Sur la soixantaine d’États intéressés, une quinzaine sont considérés comme sérieux par l’agence de Vienne.

Quel sera l’impact de Fukushima sur les décisions de pays régulièrement secoués de séismes ? «Je pense que les onze ou douze candidats sérieux vont y aller, car, au bout du compte, seule une chose importe : la sécurité des approvisionnements énergétiques», pronostique un ancien de l’AIEA qui préfère rester anonyme. «Ils verront que le tsunami a fait 25 000 morts et, je pense, les radiations guère plus de 5 (aucun pour le moment)», poursuit-il. Les pays en voie de développement n’ont «pas une opinion publique très éduquée, qui se soucie véritablement des questions de radiations. Je ne vous dis pas ça par cynisme, mais parce que le rapport sur Three-Mile Island (centrale américaine dont le cœur a partiellement fondu en 1979) avait conclu que la conséquence la plus grave avait été le sentiment anxiogène exacerbé dans l’opinion américaine à propos du nucléaire». Dans ces pays émergents, les besoins en énergie sont tels par ailleurs qu’il semble difficile de faire totalement l’impasse sur l’atome. C’est surtout le cas de la Chine, mais Pékin ne donnera pas de blanc-seing au nucléaire : une inspection à grande échelle de la sûreté des installations vient d’être décidée. Plus ennuyeux pour l’industrie dont la Chine promettait d’être le client le plus actif dans les années à venir : tout projet d’approbation d’une nouvelle centrale a été suspendu.

Dans les démocraties, l’évolution de l’opinion sera déterminante pour les choix énergétiques. Avec obligation pour les gouvernements de ne pas laisser la peur s’installer. Aux États-Unis, Barack Obama a rapidement demandé une «étude complète» sur la situation du secteur. Mais déjà, certains opérateurs et certaines autorités locales s’interrogent.

Pour Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), le seul moyen de rassurer l’opinion sur la sûreté du nucléaire est d’adopter de véritables normes internationales, garanties par une autorité dédiée. «Il n’y aura jamais d’autorité supranationale» , rétorque William Ramsay, de l’Ifri.

L’autre clef du débat sera purement économique : la hausse du coût du kilowattheure atomique induit par le renforcement des mesures de sécurité pourrait faire réfléchir à deux fois certains opérateurs, ou certains pays disposant d’autres ressources.

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