La dette américaine est placée à son tour sous surveillance

Et l’impensable devint réalité ! Pour la première fois de leur histoire moderne, les Etats-Unis voient mis en doute leur statut de suprématie financière. Lundi, l’agence de notation Standard & Poor’s a annoncé, juste avant l’ouverture de Wall Street, avoir mis sous surveillance négative la dette américaine. Un nouveau tabou est tombé. Jusqu’alors la dette américaine, grâce en partie au statut mondial du dollar, était considérée comme la plus sûre du monde et notée AAA.

L’agence de notation ne peut ignorer la portée politique de sa décision. Elle la justifie par ses craintes de ne pas voir d’accord au sein de la classe politique américaine sur le sujet. « Parce que les Etats-Unis ont, par rapport aux autres pays notés ‘AAA’, ce que nous considérons comme des déficits budgétaires très importants et un niveau d’endettement gouvernemental en hausse, et que le chemin pour traiter ces problèmes n’est pas clair, nous avons révisé notre perspective sur la note à long terme de ‘stable’ à ‘négative’ », explique-t-elle dans un communiqué. « Nous pensons qu’il y a un risque réel que les responsables politiques américains ne parviennent pas à un accord sur la façon de répondre aux difficultés budgétaires à moyen et long terme d’ici à 2013. Si un accord n’a pas été trouvé, si des mesures significatives n’ont pas été mises en place d’ici là, cela rendrait le profil de risque des Etats-Unis significativement plus faible que celui des autres pays notés AAA.»

Jamais la classe politique américaine n’avait reçu un tel avertissement. Le Trésor américain  a tout de suite réagi à cet avertissement en jugeant que « la perspective négative de S&P sous-estime la capacité des dirigeants des Etats-Unis à se rassembler pour répondre aux difficiles défis budgétaires du pays ».

La guerre de tranchée à laquelle se sont livrés les républicains et la Maison Blanche ces dernières semaines fait peser, cependant, le doute. Les débats sont allés jusqu’à la caricature en matière de blocages politiques américains.

Officiellement, tous étaient d’accord sur la nécessité de reprendre en main les finances américaines et de réduire le déficit budgétaire qui a gonflé à vue d’œil depuis la crise. Il dépasse les 11% du PIB, contre 2 à 5% entre 2003 et 2008. 35 milliards de dollars d’économies doivent être trouvées dès cette année. 

Mais où fallait-il porter les efforts ? La Maison Blanche prônait une augmentation de la fiscalité pour les plus riches et des réductions de dépenses dans un certain nombre de secteurs considérés comme périphériques. Les républicains, forts de leur victoire aux dernières élections législatives, entendaient utiliser ce budget comme une première plateforme de reconquête politique. Baisse des impôts, suppression de nombre de services et d’aides sociaux, réduction des moyens éducatifs, doivent être, selon eux, la ligne du budget fédéral. Dans leur volonté de revenir sur tout, les républicains les plus durs, s’alignant sur les motions du Tea Party, sont allés jusqu’à proposer la suppression d’un certain nombre de textes sur l’environnement, estimant que toute réglementation est une charge et un frein insupportable pour la libre entreprise.

Les positions sont arrivées à un tel point d’exacerbation que la discussion a tourné à l’épreuve de force. Un compromis a été trouvé, le 9 avril, au dernier moment, juste quelques heures avant que toutes les dépenses fédérales ne soient coupées. Ce qui aurait signifié que des millions de fonctionnaires n’auraient pas été payés, l’ensemble des services publics auraient été arrêtés, la vie fédérale se serait arrêtée.

Une politique pour les millionnaires et les milliardaires

Le répit n’a été que de quelques jours. Dès vendredi, la chambre des représentants, où les républicains ont la majorité, adoptait un plan de redressement des finances publiques, prévoyant 5.800 milliards d’économies et des coupes dans les dépenses fédérales pour la décennie à venir. Comme plat de résistance, les républicains proposent de mettre en pièces en priorité le programme Medicare, c’est-à-dire toutes les mesures d’assurance sociale votées par le gouvernement Obama. Le projet a toutes les chances d’être tué dans l’œuf lors de son passage au Sénat, dominé par une majorité démocrate. Barack Obama l’a vivement critiqué dès la semaine dernière, jugeant qu’il n’y avait rien de sérieux dans ce programme, qui consistait seulement à « préserver les millionnaires et les milliardaires » tandis que les pauvres et la classe moyenne supporteraient la totalité du fardeau.

« Nous pensons qu’il existe un risque significatif que les négociations au Congrès sur la politique fiscale à moyen terme soient bloquées jusqu’aux élections présidentielles de 2012. Si  tel était le cas, le premier budget qui pourrait comprendre des mesures appropriées serait le budget de 2014. Ce délai, à nos yeux, est beaucoup trop long », prévient aujourd’hui Standard & Poor’s .

© Bloomberg

Ce rappel à l’ordre, totalement inédit, a accentué les tensions du monde financier, déjà au bord de la crise de nerfs. Si même la dette américaine n’est plus sûre, où trouver refuge ? L’once d’or a battu de nouveaux records, dépassant les 1.500 dollars. Pendant ce temps, Wall Street s’affaissait, perdant plus de 1% dès l’ouverture. Les bourses européennes, déjà négatives, ont accentué leurs pertes. Le Cac a terminé sur une baisse de 2,35%, le Footsie (Londres) a perdu 2,11%, le Dax (Francfort) 2,10%.

L’avertissement de Standard & Poor’s sur la dette américaine indique que le problème des dettes publiques est devenu général. Si les Etats-Unis sont attaqués, d’autres pays, comme la France, pourraient très vite être rattrapés. Tout le système de défense imaginé par l’Europe en serait encore plus fragilisé.

Des questions taboues commencent déjà à être posées. En quelques jours, l’état d’esprit a beaucoup évolué. La restructuration de la dette grecque, qui semblait encore impossible il y a quelques jours quand le ministre des finances osa aborder le sujet, est devenue un scénario crédible. En dépit des dénégations des responsables européens, le FMI travaille en toute discrétion, selon le Wall Street Journal, sur les méthodes d’aménagement de la dette grecque, considérant que le pays ne pourra pas supporter une charge si lourde. « Le problème n’est pas de savoir si la Grèce va faire défaut mais quand, et si cette restructuration se fera de façon ordonnée comme au Mexique ou s’il faut redouter une explosion comme en Argentine », dit l’économiste Nouriel Roubini.

Bref, chacun pressent, à voir l’accumulation de nouvelles tensions, que la crise financière est en train d’entrer dans une nouvelle phase. Mais personne ne sait quelle tournure vont prendre les événements.

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