Le défi financier

« La crise économique et financière qui a ébranlé le monde en 2008 n’a pas affaibli la domination des schémas de pensée qui orientent les politiques économiques depuis trente ans. Le pouvoir de la finance n’est pas remis en cause. Aux USA, en Europe, au contraire, les Etats remettent à la tête des autorités financières ceux-la mêmes qui, par idéologie et par aveuglement, plongent le monde dans une  crise financière et économique qu’il n’avait pas connu depuis 1929.

 Sont toujours nommés à la tête de ces autorités des dirigeants qui sont à l’origine de la crise et qui estiment nuisibles à une supposée efficience des marchés toute  réglementation financière. Ils autorisent de ce fait les banques à mêler à leur fonction traditionnelle de soutien à l’économie,  celle de spéculer sur des produits à haut risque et à envahir le monde de produits «toxiques».

 En 1999 a été abrogé aux USA le Glass-Steagall Act, qui avait imposé la séparation des banques  de dépôt et des banques d’affaires dont la conséquence fut de créer des banques d’un gigantisme tel que les états ne puissent les laisser faire faillite malgré leurs erreurs et soient contraints de les renflouer par les contribuables!

 En France, il s’en est fallu de peu que Sarkozy autorise les prêts hypothécaires en 2007 et nous devons à la crise, par un curieux concours des circonstances,  qu’il ne soit pas passé à l’acte!

 Les conséquences de cette dérégulation  sont des bulles d’origine spéculatives qui, lorsqu’elles crèvent entrainent des baisses  de l’activité économique lesquelles produisent la baisse des recettes des états.

Ces mêmes autorités financières avec l’aide des agences de notation  demandent alors aux Etats d’appliquer des programmes d’austérité afin de réduire leurs déficits. Réduire les dépenses publiques, privatiser les services publics, réduire la fiscalité des plus riches et des entreprises, flexibiliser le marché du travail,  réduire les salaires, libéraliser le commerce participent au cortège des mesures imposées. Les prestations sociales, de la Grèce au Portugal en passant par la France  sont en voie d’être gravement amputées alors que se profile le spectre d’un chômage et d’une précarité persistants favorisant la montée des extrêmismes qui mettent les démocraties en péril.

Les institutions internationales (FMI, BCE…) et des agences de notation continuent d’appliquer avec une vigueur renouvelée des programmes de réformes et d’ajustements structurels qui ont dans le passé montré leur incapacité à décroître l’instabilité économique et les inégalités sociales.

Dans son dernier ouvrage «Le triomphe de la cupidité» écrit en 2010, Joseph E Stiglitz, prix Nobel en 2001, montre comment B.Obama, n’a pas pu résister aux pressions des lobbies et a conservé parmi ses conseillers financiers ceux-la même qui du temps de Bush ont plongé les USA puis le monde dans une crise inextricable. Il écrit : «…il est pratiquement certain que les échecs des administrations Bush et Obama compteront parmi les erreurs les plus coûteuses de tous les gouvernements démocratiques modernes». Nous avons appris en fin avril 2012 que le déficit  des USA atteint le chiffre record de 15000 milliards de dollars…

Au moment où ces lignes sont écrites en Europe, le Président de la République N.Sarkozy et la Chancelière allemande A.Merkel proposent un «pacte de compétitivité» inacceptable aux Etats membres de l’Union.

Il demande à l’Europe toute entière d’entériner sans nuances les principes néo-libéraux de politique économique dans tous les domaines: inscription de l’équilibre budgétaire dans la constitution, désindexation des salaires sur les prix, retraite à soixante-sept ans, harmonisation de l’impôt sur les sociétés vers le moins-disant (l’Allemagne ayant déjà baissé de 8 point le taux de cet impôt). Ce pacte a déjà été condamné par l’Autriche, la Belgique, l’Espagne, l’Irlande, le Luxembourg, la Pologne et le Portugal. Il a été fermement dénoncé par John Monks, Président de la Confédération européenne des syndicats et Poul Nyrup Rasmussen, Président du Parti socialiste européen». (Mediapart, 2 mai 2011)

Parallélement, Nicolas Sarkozy n’hésite pas accorder son soutien à  Mario Draghi dans la course à la succession de Jean Claude Trichet pour la présidence de la Banque centrale européenne (BCE). Or  Mario Draghi  qui a été directeur du Trésor, et enseignât à la Banque mondiale, ne fut-il pas de 2001 à 2005 vice-président en Europe de la banque d’affaires Goldman Sachs laquelle a aidé en 2001 et 2002, la Grèce à dissimuler plusieurs dizaines de milliards d’euros d’emprunts d’Etat ?

Ses explications sont attendues avec impatience par le parlement européen, où siègent les Grecs assez remontés contre la banque d’affaires américaine, puisque ces opérations menées en complicité avec le parti de droite au pouvoir à l’époque a conduit la Grèce tout droit dans la nasse actuelle et son cortège de chômage et de privations.     

 Cette même Grèce que l’Europe s’est résolue à aider en lui accordant des prêts (à taux élevé) via le FMI afin de l’obliger à accepter les mesures d’austérité que l’on sait..

Des solutions ?

 Rares sont les voix en Europe qui s’élèvent contre cette pensée unique qui désespère les peuples et enrichit les plus riches.

Parmi celles-ci, nous citerons celle de Ségolène Royal  à Athènes qui, en octobre 2008, devant une assemblée de l’Internationale Socialiste a prononcé un long discours décrivant une analyse pointue de la situation mondiale et dégageant des perspectives d’avenir. Ce discours n’a  malheureusement n’a pas été relayé par les médias français.

Elle  disait: «l’heure pour la gauche n’est plus aux diagnostics tièdes, ni aux appréciations timorées, mais à la lucidité radicale et à la proposition d’un autre système.»…. «On a vu des banques provoquer le surendettement de millions de foyer dans le monde ; on les voit maintenant fermer irrationellement le robinet du crédit aux petites et moyennes entreprises, plongeant nos économies dans la crise. Alors oui, il est temps enfin d’ouvrir les yeux et d’agir. Des acteurs privés, non contrôlés, détournant les règles peuvent conduire le monde au bord du gouffre: cela n’est pas acceptable!» Et d’ajouter:«…L’Union européenne doit se doter d’une véritable politique financière commune. Il nous faut la création d’un fonds d’intervention commun aux membres de la zone euro (….) Mais cette intervention doit être conditionnée: il faut revoir de fond en comble les règles prudentielles, minimiser la possibilité de sortir les créances des bilans des banques par le procédé de titrisation; il faut assujettir les fonds spéculatifs aux règles de solvabilité bancaires; il faut créer de nouveaux mécanismes d’évaluation, avec une agence publique européenne de notation; il faut également interdire les bonus non assujettis à l’impôt sur le revenu; et puis surtout lutter contre les paradis fiscaux en refusant l’accès au territoire européen aux fonds ayant leur siège social social dans de tels paradis.»

Nous retrouvons là nombre de ces propositions dans le projet socialiste 2012 du PS et qui sont le préalable à une autre économie plus respectueuse de la nature.

Restera à les appliquer au niveau de l’état et à avoir la volonté et l’énergie de créer au niveau européen, voire mondial les consensus nécessaires pour vaincre la puissance des lobbies financiers.

Il nous faut pour cela mettre à la tête des états européens – et nous pensons ici particulièrement à la France et à l’Allemagne – des personnalités  avisées, pugnaces et courageuses et dont les esprits n’ont pas été imprégnés par le système néolibéral ambiant. Concernant la France, Ségolène Royal qui, sur le sujet développé ici  possède là encore une longueur d’avance, nous paraît être la femme de la situation.

Jean Pierre Guilbert. Mai 2011

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Un commentaire pour Le défi financier

  1. MarcDa dit :

    On ne peut qu’être d’accord avec l’idée de mettre fin une bonne fois pour toute aux paradis fiscaux. Encore faut-il que ces actes soient visibles… et jusqu’à maintenant, on parlait beaucoup (ok, je suis d’accord, il y a un mieux, avant, on n’en parlait même pas, c’est une amélioration… lol), mais on agissait peu.

    Malgré tout, je vois de plus en plus de gens prêts à s’impliquer, des citoyens comme vous et moi, dans des campagnes à visage humain comme par exemple celle d’ « Aidons l’argent ». Je vois aussi de plus en plus de politiciens qui estiment que cette cause est juste et qu’il doit y avoir plus de transparence et moins d’inégalités entre les états du Nord et du Sud, mais aussi dans notre propre pays ! A nous de faire bouger les choses et de montrer à nos dirigeants que nous nous sentons concernés et que nous ne voulons plus du modèle actuel !

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