Retranscription intégrale de l’intervention de Ségolène Royal à l’UPP du 8 mai 2011

http://dai.ly/lV20lo

Chers amis,

Vous êtes venus très nombreux dans cette salle chaleureuse et parfois de très loin. Il fait jour en cette belle après-midi de mai, et je vous vois bien. Nous sommes à deux jours du 10 mai 1981, trentième anniversaire de la victoire de François Mitterrand auquel nous avons décidé, en reconnaissance, de lui accorder cette Université Populaire Participative, et ma reconnaissance va à tous ceux qui viennent à l’instant de s’exprimer et de le faire revivre à travers ses valeurs. (Applaudissements) Alors sommes-nous là par nostalgie ? Non. François Mitterrand d’ailleurs n’aurait pas aimé la nostalgie, lui qui nous poussait toujours à aller vers l’action. Y a-t-il récupération ? Mais qui peut récupérer une vie si longue, faite de tant d’épreuves, de ralentissements et d’accélérations, de chutes et de renaissances. Et quatorze ans d’exercice du pouvoir, le plus long mandat de la Cinquième République. Ce que je vous propose, au contraire, c’est d’avoir l’humilité de discerner ce qui reste d’actualité dans les combats d’hier, pour bien préparer ceux de demain. Et je ne ferai pas ce que j’entends trop au cours des jours qui viennent de s’écouler, où parfois des personnes qui ont eu un rôle somme toute fort modeste auprès de François Mitterrand, saisissent l’occasion pour parler d’eux-mêmes avant de parler de lui. Ce soir, rassurez-vous, ce n’est pas de moi que je viens parler. Mais c’est d’abord de la France.

Et comment la France peut renouer avec la promesse républicaine de Liberté, d’Egalité, de Fraternité ? Trois valeurs, trois couleurs dont vous vous êtes aujourd’hui emparés et vous avez bien fait. (Applaudissements, acclamations) Nous pourrions d’ailleurs ajouter à ces trois valeurs, celle de la laïcité et de la solidarité. En tout cas, oui, nous avons mis les couleurs de la France, car elles appartiennent à tous, et je ne veux plus que l’extrême droite s’en attribue le monopole.
 (Applaudissements, « Bravo ! »)

Car notre drapeau est né d’une Révolution qui renversa un ordre injuste, où le peuple était affamé, et privé d’instruction. Nos valeurs ont fait le tour du monde, et continuent aujourd’hui  d’inspirer les levées d’espérance à travers le monde.


Républicains, Résistants, Patriotes, refusant la soumission et l’abaissement de la France, ils furent nombreux à lutter, parfois au prix de leur vie, au nom des cette volonté d’union et d’émancipation qu’exprime notre drapeau.

(@Frédérick Moulin)

Alors je sais que la gauche n’a pas toujours été à l’aise avec cela, parce que le drapeau tricolore a parfois été détourné par les mouvements nationalistes et xénophobes.

Raison de plus, pour ne pas leur laisser.


Et le drapeau rouge, celui des luttes sociales, et de l’amélioration de la condition ouvrière, n’est en rien contradictoire, bien au contraire, avec le drapeau tricolore, car il n’y a pas de République sans Egalité, il n’y a pas de République sans Liberté de vivre dignement de son travail et de sa retraite après une vie de labeur, il n’y a pas de République sans la Fraternité, qui s’oppose à un système économique et financier où l’Homme est un loup pour l’Homme. (Applaudissements)

Alors maintenant que vous l’avez pris, notre drapeau, ne le lâchez plus et engagez-vous pour que la République tienne ses promesses avec la force citoyenne que les Français attendent.(Applaudissements, acclamations)

Car c’est la Révolution Française qui a fait la République, et c’est la première leçon de François Mitterrand que je veux ici rappeler, et qu’il a donné dans un discours magnifique prononcé à l’occasion du 200ème anniversaire du Serment du Jeu de Paume le 20 juin 1989.

Arrivée de Ségolène Royal à l’UPP ; à droite on distingue Delphine Batho, Pierre Bergé et Kamel Chibli (@Frédérick Moulin)

La Révolution a fait la République, disait-il, quelle leçon tirer, s’il en est une, de ce tourbillon d’événements, sinon que rien n’est achevé, que rien ne s’achève jamais. Que le combat change de forme mais pas de sens. Que de nouveaux orages surgissent du plus clair horizon, d’autres dominations se substituent à celles que l’on avait détruites, qu’apparaissent d’incessantes ruptures entre l’idéal et le réel. Il citait Victor Hugo : « « Il y a » écrivait Victor Hugo », disait François Mitterrand, « dans ce que la Révolution nous a apporté, encore plus de terres promises que de terrains gagnés ». (Applaudissements) Et d’ajouter : « Ayons une si fière façon de nous en souvenir qu’il en sorte la liberté du monde, car un peuple sans mémoire n’est pas un peuple libre. Les dictatures commencent par effacer l’Histoire des faits qui les encombrent, pour museler toute pensée, toute parole rebelle. Souvenez-vous, chaque fois que l’on a chez nous voulu brouiller la trace de la Révolution, les libertés ont été menacées.

Alors occupons la place qui nous revient, celle d’héritiers, fidèles et fiers. Déployons le drapeau », disait-il, « et donnons à la République l’élan auquel aspire notre peuple. ». Et enfin il ajoutait ceci. Je ne peux vous livrer que quelques extraits de ce texte magnifique que je vous invite à relire. Ecoutez ceci, l’actualité de sa parole :

« À grands traits, je vois dans le refus des exclusions le vrai chantier qui nous attend. La République a besoin de compter son monde : les exclus du travail, les exclus du savoir, les exclus du bien-être, les exclus de la dignité, les exclus de la santé, les exclus du logement, les exclus de la culture, doivent disposer de tous leurs droits. L’Egalité passe par là, la Liberté aussi. Il n’est pas de République sans espoir. Quant à la pauvreté, au racisme et à l’ignorance, ils sont les pires ennemis de la démocratie. Alors si les Français doutent parfois d’eux-mêmes, qu’ils écoutent la rumeur qui monte des quatre coins de la planète. Partout où l’on se bat pour l’indépendance nationale, pour le droit d’un peuple à disposer de lui-même, pour l’avènement des pays pauvres au partage des richesses, pour la liberté de penser, pour l’égalité des droits, c’est le message de la Révolution française qu’on entend et chacun dans le monde le sait. » (Applaudissements, acclamations)


(@Frédérick Moulin)

Alors, permettez-moi ici, et vous y avez d’ailleurs pensé, j’en suis sûre, au fur et à mesure que vous entendiez ces mots puissants de François Mitterrand, permettez-moi ici de saluer au nom des mêmes principes les peuples des pays arabes qui se dressent pour être libres et avoir du travail (Applaudissements, acclamations), et tout particulièrement ceux, qui en Syrie,  subissent une répression sanglante. Est-ce excessif de penser que
 jamais François Mitterrand n’aurait invité dans nos tribunes du 14 juillet le dictateur syrien, (Huées) et aujourd’hui, au lieu de se taire, qu’il ferait comprendre au monde entier, que l’accès à la liberté et à la prospérité des peuples opprimés est une chance pour la paix et la prospérité de tous. C’est cela le message de François Mitterrand, répondre à l’espoir. (Applaudissements, acclamations)

Alors, dans les leçons d’Histoire que je voudrais partager avec vous, j’en ai choisi une dizaine dont le choix n’a pas été facile. Il y aurait tant de choses à dire. Ce que j’ai voulu identifier dans ces dix leçons d’Histoire, je l’ai dit tout à l’heure, c’est la force des valeurs qui restent puissamment d’actualité, et qui peuvent nous permettre de nous mobiliser pour l’avenir, et de comprendre à chaque fois que la cause que nous défendons est plus grande que nous, que nous sommes au service de cette cause, et que c’est bien cela qui nous fait avancer avec la force citoyenne.

La première de ces leçons, c’est la volonté, c’est la continuité de ce que je viens d’exprimer, c’est la volonté pour porter l’espoir, et vous la connaissez, cette belle phrase de François Mitterrand dans sa déclaration d’investiture :


« Il n’y a qu’un vainqueur le 10 mai, c’est l’espoir »

Et c’est ainsi qu’il a rendu hommage à ces millions et ces millions de femmes et d’hommes qui, deux siècles durant, dans la paix et dans la guerre, ont façonné l’Histoire de France sans y avoir accès autrement que par de brèves et glorieuses fractures de notre société.

Porteur d’espoir, le premier Président socialiste de la Vème République l’était, pour cet homme  âgé qui confiait, dans une place de la Bastille en liesse : « Cela fait 45 ans que j’attendais cela, depuis le Front Populaire, et maintenant, je peux revivre »



(@Frédérick Moulin)

Porteur d’espoir, François Mitterrand l’était pour ces jeunes et ces ouvriers qui lui avaient massivement apporté leurs suffrages.

Pour ces cadres moyens et ces employés qui avaient majoritairement voté pour lui.

Pour tous ces citoyens et ces citoyennes qui avaient soif de justice.

Pour ces Républicains qui, d’ordinaire, faisaient davantage confiance à la droite, mais s’étaient cette fois détournés d’elle.

Plus d’un million de votes supplémentaires par rapport à 1974 : François Mitterrand avait eu raison de tenir bon et de garder son cap, sans jamais douter que l’histoire est aussi ce que la volonté en fait.(Applaudissements, acclamations)

Au soir de sa vie, en 1994, c’était encore le message qu’il adressait aux socialistes réunis à Liévin, au cœur du bassin minier : « La victoire », nous disait-il, « vous ne la rencontrerez que si vous la forcez. C’est une affaire de volonté, de continuité, de clarté d’esprit dans la fidélité aux engagements. La chance, c’est vous qui la forgerez de vos mains ». Voilà la première leçon d’histoire de François Mitterrand.

Et la seconde, c’est la fidélité à des valeurs solidement ancrées.

Pour qu’advienne ce 10 mai, il a fallu d’abord à François Mitterrand l’audace de croire aux chances de la gauche quand elle était au plus bas, et de rebâtir un nouveau Parti Socialiste en phase avec son temps.

Pour qu’advienne ce 10 mai, il a fallu vouloir avec la même détermination les socialistes unis et toute la gauche unie.

Il lui fallut affronter la calomnie, et avec elle, l’épreuve de la solitude, quand même les amis doutent et s’écartent.

(@Frédérick Moulin)

Il lui fallut ne pas s’en laisser compter par les prédictions qui à un an de sa victoire, l’assignaient à la défaite. (Applaudissements)

Il lui fallut l’ample vision et la fidélité à quelques idées forces pour triompher de l’adversité et ouvrir un nouveau chemin.

Et l’essentiel, c’est la constance  frappante de convictions tôt forgées et auxquelles, quelles que fussent les embûches du moment, il ne renonça jamais : une ambition pour la France, le souci de son indépendance, un engagement européen enraciné dans l’expérience de la guerre, l’intelligence des bouleversements du monde, un socialisme de liberté et de justice sociale, qu’il voulait capable de prendre en compte les évolutions de la société.

Il le disait lui-même : « Je n’ai pas toujours été socialiste. Je le suis devenu, et cette évolution-là est plus honorable que la trajectoire inverse. » (Applaudissements, acclamations)

La troisième leçon c’est le courage de ne jamais renoncer. De la jeunesse à la vieillesse, François Mitterrand fut un homme de courage. Et même ceux qui contestent ses choix lui en donnent acte.

Courage dans les évasions, obstinément recommencées jusqu’à la réussite.

Courage dans le combat politique. Courage pour l’abolition de la peine de mort.

Courage face à la maladie.

Courage d’évoquer au Kremlin les dissidents emprisonnés, et à la Knesset le droit des Palestiniens à un Etat. (Applaudissements, acclamations)

Courage, il y aurait tant de situations à évoquer.

Courage de faire de la cohabitation, imposée par la défaite aux législatives, non pas un temps subi, mais l’amorce d’une reconquête que couronnera la victoire de 1988. (Applaudissements, acclamations)

Ce courage est nourri chez lui d’un amour de la France d’autant plus vif, qu’il l’avait connue abaissée, et ne s’y était pas résigné. « Je ne me sentais pas né », écrira-t-il plus tard, « pour vivre citoyen d’un peuple humilié ».

(@Frédérick Moulin)

Et l’amour de la France, c’est la quatrième leçon d’Histoire de François Mitterrand.

Il ne fut jamais de ceux qui attisent les peurs. Notre pays qu’il aimait tant.

« On ne peut rien faire avec la France », disait-il, « si on ne l’aime pas.»

Il en incarnait personnellement, et en comprenait profondément bien des facettes différentes, convaincu que les contraires ne sont pas forcément contradictoires, et peuvent être complémentaires, dès lors qu’un intérêt supérieur est en jeu. Oui, il ne fut jamais de ceux qui attisent les peurs.

Il préférait en appeler « à la part noble, à la part fraternelle, à la part généreuse que le peuple français porte en lui ».

Il rappelait souvent que la France n’est jamais aussi grande, entendue, respectée que lorsqu’elle porte un message universel, et y conforme ses actes. (Applaudissements, acclamations)

La cinquième leçon d’Histoire c’est l’artisan inlassable de libertés nouvelles. Il fut l’artisan d’une extension sans précédent des libertés publiques, le défenseur sourcilleux de l’équilibre de nos institutions, les grandes lois de décentralisation, le garant intraitable de la liberté d’expression. Nous sommes plusieurs ici à nous souvenir de courtisans qui se réclamant abusivement de lui, avaient voulu empêcher  la publication d’un ouvrage critiquant les célébrations du bicentenaire de la Révolution auquel il était très attaché. Averti, il mit immédiatement le holà  à cette forme de censure indigne de l’idée qu’il se faisait du débat démocratique, fut-il très vif.

Il fut en effet le gardien d’un Etat de droit, aujourd’hui d’ailleurs malmené par celui qui nous promettait une République irréprochable.

(@Frédérick Moulin)

Il fut le gardien de la séparation des pouvoirs, bien éloignée de leur actuelle confusion. Nous nous souvenons aussi de la parole donnée aux radios libres. Il n’avait pas hésité à accueillir au siège du PS une émission pirate qui lui valut d’être inculpé. Et nous nous souvenons aussi de la dépénalisation de l’homosexualité en un temps (Applaudissements, acclamations) où l’opinion majoritaire y voyait au mieux une maladie.

La sixième leçon, Yvette l’a dit, c’est le soutien indéfectible au combat des femmes, et au droit à l’égalité. On se souvient de l’appui qu’il apporta toujours à  ce combat, pour leur émancipation. Et Yvette Roudy a fort bien raconté dans ses écrits comment, dès la convention des institutions républicaines, elle put compter sur François Mitterrand contre un machisme ambiant qui n’épargnait pas les socialistes. Il ne savait pas tout de la condition et de la souffrance des femmes mais il savait écouter, et trancher, toujours, en faveur de l’égalité des droits.

Il nomma, en mai 81, la première femme Ministre d’Etat, puis plus tard, la première femme chef de gouvernement. Je sais d’expérience combien lui était étrangère l’idée qu’une femme fût moins capable qu’un homme. Jamais il n’aurait pensé une chose pareille.

Et nul doute, que si Yvette Roudy était encore aux responsabilités, le Pass’contraception n’aurait pas été bloqué pendant 20 ans ! (Applaudissements prolongés, acclamations, « Bravo ! »)


Arrivée de Ségolène Royal à l’UPP (@Frédérick Moulin)

La septième leçon est la suivante. François Mitterrand avait de la tenue, de l’allure (Rires, applaudissements, acclamations, « Bravo ! ») et du charisme dans l’exercice du pouvoir.

Il avait le trait parfois féroce, mais uniquement contre les puissants. En revanche, il détestait les vulgarités de langage, les familiarités déplacées, le laisser-aller.

Il avait de la tenue dans le débat politique, et dans ses rapports avec les Français. C’était une  manière de nous respecter tout en conservant intactes sa proximité et sa curiosité pour la vie quotidienne des citoyens. Il avait le même charisme sur la scène internationale que pour s’adresser, à un paysan, fut-il de la Nièvre, ou du Salon de l’agriculture. (Rires, applaudissements prolongés, acclamations, « Bravo ! »)

Huitième leçon, François Mitterrand fut écologiste avant l’heure. Le mot n’était même pas connu. Et cela n’était pas commun non plus pour un homme de sa génération et pour un socialiste d’alors : à la différence de ceux qui n’y voyaient qu’un sujet périphérique – la protection de la nature – ou  qui s’accrochaient à  une vision dogmatique et productiviste, François Mitterrand avait déjà lui pris la mesure de l’enjeu de civilisation et du potentiel économique des questions écologiques. J’ai vu, nous avons vu avec Jean-Louis à l’Elysée l’attention qu’il y portait.

Etait-ce parce qu’il était familier d’une nature qu’il aimait passionnément contempler, qu’il était fidèle à son enfance, qu’il savait façonnée, pour le meilleur et pour le pire par le travail humain ?

Pour la filière bois et  la forêt, il a voulu la conférence Sylva.

(@Frédérick Moulin)

Pour sauver le Marais Poitevin d’une autoroute destructrice, j’étais élue, députée des Deux-Sèvres à ce moment-là, je fus surprise de sa décision rapide et convaincue. Il connaissait fort bien la fragilité de cet écosystème unique, menacé par cette destruction. Il est venu sur place dans le petit village d’Arçais, évoquer merveilleusement les lentilles d’eau  qui se referment dans les conches, après le passage des barques qu’on appelle les plates. Il fit de la protection et du développement de cette « Venise verte », la cathédrale de verdure, le seul projet rural inscrit au nombre des grands travaux présidentiels. (Applaudissements)

Et comme Ministre de l’Environnement, où j’eus  modestement la chance de l’accompagner au Sommet de la Terre a Rio, en 1992, j’ai vu à quel point beaucoup plus que d’autres chefs d’Etats, il mesurait le risque déjà du changement climatique, en appelait à une action volontariste réunissant le Nord et le Sud dans un partage des efforts assumant les responsabilités de l’Histoire.

Contre les lobbies dressés vent debout, contre les lois et les règlements protecteurs de l’environnement, contre ceux mêmes qui, au gouvernement, relayaient ces résistances, la protection de l’environnement et la transmission du patrimoine naturel aux générations suivantes ont toujours pu compter sur son appui, et voilà quelle est là la huitième leçon d’Histoire de François Mitterrand. (Applaudissements)

La neuvième leçon, c’est François Mitterrand l’Européen visionnaire, mais lucide. On sait avec quelle détermination inflexible François Mitterrand a relancé la construction d’une Europe qu’il avait trouvée quasi-paralysée.

Je voudrais rappeler ici que sa ferveur européenne n’a jamais aveuglé François Mitterrand et qu’il avait une conscience vive, très vive de ce qui risquait d’advenir si l’Europe échouait à protéger les siens et à peser dans le monde.


(@Frédérick Moulin)

Son volontarisme européen, et retenons cette histoire, aujourd’hui où l’Europe est si faible, son volontarisme européen allait de pair avec une grande lucidité.

Ses mises en garde sont plus actuelles que jamais.

Il connaissait la dimension tragique de l’histoire. Il savait qu’en période de crise, les occasions gâchées débouchent vite sur les implosions dangereuses, voire sur les confrontations violentes.

Une Europe déséquilibrée, livrée aux marchands, sans être suffisamment politique et maîtresse de ses choix, trop timorée en matière de progrès social et de protection due à ses peuples, s’exposerait, disait-il de manière prémonitoire, à ce que « les travailleurs détournent la tête et leurs regards absents livrent la Communauté à la solitude des mourants ». Nous y sommes, c’est dire le combat européen qui nous avons à construire. (Applaudissements)

À trop tarder, à trop tergiverser, l’Europe, prédisait-il, s’exposerait au réveil funeste des nationalismes et des xénophobies haineuses.

À voir ce qu’il en est de l’Europe du moment, solidaire à reculons, mal-aimée de ses peuples, attaquée par les marchés financiers, en proie aux crispations identitaires et aux tentations de repli, comment ne pas être frappé par la force des avertissements de François Mitterrand ?

Alors regardons, comme lui, les choses en face : le temps presse.

Raison de plus, non pour baisser les bras, mais pour redonner à la France, en 2012, les moyens de jouer, dans le contexte d’aujourd’hui, le rôle moteur que François Mitterrand voulut pour elle. À nous de redonner les moyens de peser pour une autre Europe au service de ses peuples et de leur bien-être, et non pas qui se fait contre eux. (Applaudissements, acclamations)


(@Frédérick Moulin)

La dixième leçon de François Mitterrand que je voudrais partager avec vous, je l’ai dit tout à l’heure, il y en aurait bien d’autres. Il a bien fallu faire des choix, tout cela n’a pas vocation à être exhaustif, c’est donner du temps au temps.

François Mitterrand disait que l’Histoire n’est pas toujours au rendez-vous : il lui arrive de prendre son temps, de faire faux bond aux impatients. Mais aussi, disait-il, de surprendre ceux qui ne l’attendaient pas. Nulle boussole infaillible en la matière, car il faut à la fois, comme il y excellait, savoir laisser du temps au temps sans perdre de vue l’objectif, mais savoir  aussi empoigner l’événement quand il permet d’accélérer le mouvement pour assurer la transformation de ce qui doit l’être pour améliorer la vie quotidienne des Français, pour renforcer la force de la France, et c’est cela le cœur et la raison de l’action politique. (Applaudissements, acclamations, « Bravo ! »)

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