Royal sur Europe 1 (1/2): « Dominique va plaider non coupable, donc je demande à chacun de se maîtriser, de garder son calme, de ne pas chercher à profiter de la situation » (TEXTE, AUDIO, VIDEO)

Retranscription de l’interview de Ségolène Royal par Militants de l’Espoir à Gauche / F.M. 

Thierry Borsa, Thierry Guerrier et Jean-Pierre Elkabbach…

Jean-Pierre Elkabbach : … et invitée exceptionnelle aujourd’hui, Ségolène Royal, bonjour.

Ségolène Royal : bonjour.

Jean-Pierre Elkabbach : et bienvenue, Ségolène Royal, au Grand Rendez-vous. Quel choc, vous l’avez entendu comme nous, Dominique Strauss-Kahn présenté à un juge, probablement dans la matinée aux Etats-Unis, et inculpé par le parquet de New-York d’agression sexuelle, de tentative de viol, et de séquestration, c’est un tremblement de terre en France et dans le monde, un directeur du FMI dans cette situation, ça ne s’est jamais vu, et en plus, en temps de crise mondiale.

L’événement de la nuit est aussi un cauchemar pour ses proches, sans doute, pour sa famille, pour ses amis politiques, alors qu’il était donné candidat PS favori pour la présidentielle de 2012, les sondages aujourd’hui le donnent encore favori dans Le Parisien ou dans Le Journal du dimanche.

La nouvelle change la donne politique au-delà du Parti socialiste. Evidemment, il faut respecter la présomption d’innocence, et attendre que Dominique Strauss-Kahn s’exprime et donne sa propre version des faits. Son avocat new-yorkais a expliqué tout à l’heure que Dominique Strauss-Kahn va plaider ‘non coupable’.

Pour vous interroger, Ségolène Royal, et encore une fois, merci d’être là, Thierry Borsa du Parisien-Aujourd’hui en France, et Thierry Guerrier d’Europe 1 qui ouvre ce Grand Rendez-vous avec la première question.

Thierry Guerrier : bonjour Ségolène Royal.

Ségolène Royal : bonjour.

Thierry Guerrier : très simplement, on imagine que ça a été un choc aussi pour vous d’apprendre cette nouvelle, cette nuit. Comment réagissez-vous à ce coup de théâtre politique ?

Extrait du Grand Rendez-vous avec Ségolène Royal : (d) début et (f) fin de l’extrait par Europe1fr

Ségolène Royal : (d) justement, comte tenu de ce que vous venez de dire, c’est vrai que c’est un choc, permettez-moi de lire une brève déclaration écrite, et de m’en tenir là :

« J’ai appris cette nouvelle bouleversante à propos de laquelle tout reste à vérifier. Dominique Strauss-Kahn a droit, comme tout citoyen, à la présomption d’innocence tant que les faits ne sont pas prouvés. Ma pensée en cet instant va à sa famille, à ses proches, et aussi à l’homme qui traverse cette épreuve. »

Thierry Guerrier : Jean-Pierre.

Jean-Pierre Elkabbach : vous l’avez entendu, son avocat va plaider non coupable. C’est vrai que jusqu’à présent, seule la version de la femme de chambre est connue et est enregistrée par la police new-yorkaise, et vous avez raison de le dire qu’il faut attendre la version des faits telle que lui va la raconter.

Ségolène Royal : voilà, j’ai dit tout ce que j’avais à dire sur ce sujet, et vous avez parfaitement raison de dire ce que vous venez de dire.

Thierry Guerrier : on ne peut pas ne pas évoquer, évidemment, les conséquences pour la vie politique française, est-ce qu’aujourd’hui, il peut être candidat aux primaires encore ?

Ségolène Royal : écoutez, vraiment, hein, je pense qu’il serait indécent aujourd’hui de commenter le sujet que vous venez d’évoquer, c’est-à-dire les conséquences sur la vie politique française, il y a aussi, bien évidemment, d’abord les conséquences sur la vie internationale, mais une fois de plus, comme vous venez de le dire, hein, Dominique va plaider non coupable, donc je demande quand même à chacun de se maîtriser, de garder son calme, de ne pas chercher à profiter de la situation sur le plan national, ni sur le plan international, on sait qu’au sein d’une organisation comme le Fonds Monétaire International, forcément, il y a aussi des conflits d’intérêts, des rapports de force.

Donc je crois qu’aujourd’hui c’est la crédibilité d’un homme qui est en cause, que cet homme doit être respecté, que sa famille doit être respectée jusqu’à ce que la justice établisse la vérité des faits.

Jean-Pierre Elkabbach : vous avez dit, Ségolène Royal, que c’était bouleversant, de quelle façon, et comment vous l’avez appris vous-même ? Dans la matinée, ce matin … ?

Ségolène Royal : écoutez, la façon dont je l’ai appris n’a aucun intérêt par rapport à la gravité de l’événement, et je préfère m’en tenir là.

Thierry Guerrier : est-ce que vous avez appelé Martine Aubry, est-ce que vous pensez qu’il faut une réunion de crise de la direction du Parti socialiste, compte tenu de la gravité des faits ?

Ségolène Royal : je vous ferai la même réponse : je ne veux pas tirer des conséquences ou instrumentaliser ce qui vient de se passer. Je crois qu’il y a un moment de respect par rapport à ce qui se passe aujourd’hui, pour l’homme, pour sa famille, pour ses proches. Attendons que la justice fasse son travail, et ne transformons pas cet événement en feuilleton politique. Pour l’instant, chaque chose en son temps, et je pense vraiment, hein, qu’il serait indécent d’en faire un feuilleton toute la journée, toute la semaine, tous les 15 jours, je crois qu’il faut en revenir…

Jean-Pierre Elkabbach : mais malheureusement, vous allez voir qu’on ne va pas y échapper, quand on voit le nombre de réactions, celles de Jean-Marie Le Guen, celle de Marine Le Pen, de…

Thierry Guerrier : … Bernard Debré, le député UMP, qui dit que c’est un homme qui n’est pas recommandable et que c’est une honte pour la France.

Ségolène Royal : eh bien écoutez, je trouve qu’ils vont vite en besogne, voilà. Et je les appelle vraiment à respecter les principes. Les principes, c’est la présomption d’innocence, les principes, c’est le droit à la défense, les principes, c’est le fonctionnement de la justice, et tous ceux qui vont au-delà de ces principes, eux-mêmes ne sont pas dignes des mandats qu’ils exercent.

Thierry Guerrier : mais est-ce que de fait, votre processus interne des primaires n’est pas suspendu ?

Ségolène Royal : je vous le répète, le moment n’est pas venu de commenter les conséquences de cette affaire sur la politique [Jean-Pierre Elkabbach : « Et quand viendra-t-il, le moment ? »], sur la politique intérieure.

Jean-Pierre Elkabbach : quand il viendra, ce moment ?

Ségolène Royal : mais il viendra lorsque la justice aura fait son œuvre !

Jean-Pierre Elkabbach : la justice américaine ? Mais vous savez qu’elle est longue. Les affaires judiciaires avec des charges de cette importance durent longtemps aux Etats-Unis.

Ségolène Royal : qu’en savez-vous ?

Jean-Pierre Elkabbach : ah, ben, l’expérience, euh, la lecture, la connaissan…

Ségolène Royal, lui coupant la parole : vous avez une expérience de la justice américaine ?

Jean-Pierre Elkabbach : ah oui, à travers les lectures, euh, vous n’avez jamais rien lu sur euh…

Ségolène Royal : moi je ne… [Jean-Pierre Elkabbach : « … la manière dont elle fonctionne. »] je n’ai pas d’expérience à travers des lectures, je…

Jean-Pierre Elkabbach : mais pas de cas, pas de cas précis personnel, évidemment.

Thierry Guerrier : Ségolène Royal, on peut comprendre l’embarras des socialistes, on peut comprendre votre embarras, mais le PS peut-il rester dans cette position de principe, tout à fait louable et légitime ? Longtemps ?

Ségolène Royal : je ne suis absolument pas embarrassée ! Pourquoi je ne suis pas embarrassée ? Parce qu’il y a des principes extrêmement clairs dans toute démocratie. Je les répète, le principe, c’est la présomption d’innocence, Dominique Strauss-Kahn a dit qu’il allait plaider ‘non coupable’, le principe, c’est d’attendre que les faits soient avérés, que la justice se prononce, le principe, c’est de ne pas s’acharner sur un homme tant qu’il n’a pas eu l’occasion et l’opportunité de se défendre, comme la loi lui en donne le droit, le principe, c’est de respecter ses proches, sa famille, qui traversent une épreuve terrible, et le principe ce n’est pas d’instrumentaliser un événement aussi grave pour des raisons de politique intérieure. Voilà.

Et ceux qui se prononcent de façon précipitée comme vous venez de nous l’apprendre, je crois, ne sont pas dignes de représenter un fonctionnement démocratique. Si des parlementaires s’expriment de la façon que vous venez d’évoquer, ce n’est pas acceptable,

Jean-Pierre Elkabbach : François Bayrou : « Tout cela est confondant, navrant, et infiniment troublant. ». D’ailleurs, un des avocats français de Dominique Strauss-Kahn vient de dire, comme vous d’ailleurs : « Il faut attendre que les choses soient décantées, voir si c’est réel ou une provocation. ». Est-ce que ça peut être un coup monté ? Contre lui ? Un complot ?

Ségolène Royal : mais tout est possible, bien sûr, tout est possible. Attendons le déroulement de l’enquête et les conclusions de l’enquête.

Thierry Guerrier : est-ce que ça veut dire que si Dominique Strauss-Kahn était … s’il y avait le moindre doute sur cette dimension, ou sur son innocence, ou… est-ce qu’il y aurait pour vous absolue nécessité qu’au contraire, il soit candidat aux primaires, dans ce cas-là, oui, et qu’il revienne dans le jeu politique français, pour bien montrer que… ?

Ségolène Royal : écoutez, attendez, je le répète, franchement, hein, attendez, attendez que la justice se prononce, attendez que la justice se prononce. Voilà.

Jean-Pierre Elkabbach : est-ce que vous pensez qu’il est envisageable que pendant la procédure américaine, il puisse être candidat aux primaires ? Es-ce que vous souhaitez qu’il soit présent dans les primaires ? S’il le peut ?

Ségolène Royal : écoutez, je viens de vous répondre, j’ai dit tout ce que j’avais à dire sur ce sujet-là, voilà.

Jean-Pierre Elkabbach : mais vous pouvez souhaiter qu’il soit là si c’est possible, ou est-ce que vous vous dites comme certains, ben c’est un candidat de moins, et c’est une voie ouverte ?

Ségolène Royal : écoutez, ce serait particulièrement indécent de penser de cette façon-là.

Thierry Guerrier : est-ce qu’un socialiste peut encore, à la faveur d’une telle affaire, gagner en 2012 ?

Ségolène Royal : écoutez, je trouve que vous faites des ramifications étranges et étonnantes, hein, je respecte tout à fait les questions que vous posez, mais écoutez, je crois qu’il faut totalement déconnecter cette nouvelle, bouleversante, je l’ai dit, des échéances présidentielles. Et quand je vois la droite se précipiter pour exploiter ce qui vient de se passer, les informations, qui ne sont pas encore avérées, pour tout de suite essayer d’en tirer le bénéfice par rapport aux échéances présidentielles, je trouve ça particulièrement indigne. (f)

Jean-Pierre Elkabbach : mais est-ce que vous pensez pas que la donne pour 2012, la donne politique, change, en France, avec ce qui s’est passé cette nuit ou ce matin ? Même si on ne sait pas tout ? Même si on ne sait pas tout ? Est-ce qu’il ne restera pas quelque chose ? Comme une trace ?

Ségolène Royal : je l’ai dit et je le répète, il est beaucoup trop tôt pour tirer des conclusions et des conséquences de cette information, qui une fois de plus…

Thierry Guerrier : quel est le risque pour le futur candidat socialiste ?

Ségolène Royal : … qui une fois de plus mérite d’être vérifiée.

Jean-Pierre Elkabbach : alors Thierry Borsa.

Thierry Borsa : effectivement, vous dites que tout ça mérite d’être vérifié, que la présomption d’innocence doit être respectée. Il n’empêche qu’on est aujourd’hui dans une situation totalement inédite dans la vie politique française, et que tout ça va forcément susciter un certain nombre d’interrogations dans l’ensemble de la population française, dans l’ensemble des électeurs français. Il y a quand même quelques éclaircissements sans doute qui sont nécessaires pour eux aujourd’hui.

Ségolène Royal : eh bien ils attendront les éclaircissements que donnera la justice. Voilà. Et bien sûr, vous avez raison, c’est une interrogation, bien sûr, je comprends cette interrogation. Eh bien, je dis à chacun d’attendre que la justice fasse son travail, fasse son œuvre, et que chacun garde son calme, je crois, et sa sérénité. La justice a besoin de sérénité pour trancher les choses. Donc je crois que chacun doit être responsable et être à l’image de la sérénité dont la justice a besoin pour mettre à jour la vérité ou au contraire l’éventuelle manipulation.

Jean-Pierre Elkabbach : mais à court terme, à votre avis, qui, avec votre expérience, qui peut profiter des difficultés, des épreuves, des malheurs de Dominique Strauss-Kahn ? Est-ce que c’est le Front national, est-ce que c’est d’autres, à droite, ou même dans votre propre parti ?

Ségolène Royal : mais personne, personne ne peut profiter de ses difficultés.

Thierry Guerrier : compte tenu du trouble qui saisit toute la classe politique, qui saisit la population, et que vient d’évoquer Thierry Borsa, est-ce qu’il ne faut pas que Dominique Strauss-Kahn lui-même, s’il est relâché parce que caution payée alors qu’il est mis en examen, inculpé aux Etats-Unis, est-ce qu’il ne faut pas qu’il prenne la parole, face aux Français ?

Ségolène Royal : écoutez, laissez-le, déjà, vous vous rendez compte, ne précipitez pas les événements, là, il subit une épreuve terrible, si en plus ces accusations sont infondées, vous imaginez ce que cela représente, donc laissez la justice faire son travail.

Jean-Pierre Elkabbach : en tout cas, de notre part, je voudrais vous rassurer, il n’y a pas d’emballement, il y a le respect de la personne, et l’attente de ce que la justice dira. Mais on est dans la situation obligatoire de vous poser des questions sur à la fois l’événement, et en même temps ce qu’il peut avoir comme conséquences, à la fois sur la vie politique française et peut-être même le destin personnel politique de Dominique Strauss-Kahn. On marque une pause de publicité on vous retrouve pour essayer de comprendre quelle est votre stratégie à vous.

-oOo-

Jean-Pierre Elkabbach : invitée de ce Grand Rendez-vous exceptionnel, Ségolène Royal, et merci d’être là dans une matinée un peu agitée, on voit les réactions de tous côtés, celle de Jean Veil, l’avocat, qui précise ce qu’il disait tout à l’heure, faut attendre que les choses soient décantées, voir si c’est réel ou une provocation, et il ajoute : il faut pas entrer dans le spectacle médiatique, et attendre que les choses soient éclaircies, comme vous le disiez vous-même, il ne faut pas paniquer et rester serein, ça il le dit probablement à l’égard et à l’intention des strauss-kahniens. Est-ce que vous l’avez vu récemment, vous, Dominique Strauss-Kahn, Ségolène Royal, quand il est venu à Paris ou quand il va venir à Paris ? Est-ce que vous avez le projet de le voir ?

Ségolène Royal : écoutez, c’est un peu délicat dans le contexte actuel d’évoquer ces sujets-là, mais bon, j’ai l’habitude de dire franchement les choses telles qu’elles sont. C’est vrai que nous avons un contact, puisqu’il m’a contactée après mon meeting de dimanche dernier, et le discours que j’ai fait en particulier sur la République, sur la réappropriation du drapeau français, donc il m’a en effet contactée, il m’a demandé la totalité du texte de ce discours, voilà, et nous devions nous voir mardi prochain.

Jean-Pierre Elkabbach : pour parler de la situation générale, mondiale, française ?

Ségolène Royal : voilà, pour parler de la situation, et absolument, du déroulement des échéances à venir, voilà, parce que nous travaillons en bonne intelligence avec les uns et les autres, et chaque fois qu’on me contacte pour un dialogue, bien évidemment, j’accepte, c’est la responsabilité des dirigeants socialistes de se parler pour que les échéances prochaines se passent bien.

Thierry Guerrier : vous deviez vous voir à Paris ?

Jean-Pierre Elkabbach : et si.. à Paris ?

Ségolène Royal : à Paris.

Jean-Pierre Elkabbach : oui. Et s’il vous avait demandé, s’il y a des primaires, est-ce que vous seriez présente, qu’est-ce que vous lui auriez répondu ?

Ségolène Royal : eh bien écoutez, ce rendez-vous, on verra…

Jean-Pierre Elkabbach : …  est compromis ?

Ségolène Royal : je ne sais pas. Peut-être qu’on peut avoir un contact téléphonique, on verra, de toute façon, les liens de respect mutuel sont là, et il n’y a aucune raison que cela change.

Jean-Pierre Elkabbach : mais sur les primaires, quels que soient les compétiteurs, est-ce que vous serez présente, vous ?

Ségolène Royal : c’est compliqué, hein, ce que vous me demandez, compte tenu du contexte, et compte tenu de ce que je viens de dire, c’est vrai que nous faisons une émission dans un contexte tout à fait particulier, je me rend bien compte que ce que j’avais à vous dire en effet sur les perspectives politiques changent totalement d’éclairage par rapport à ce qui se passe.

Je ne veux pas, par des déclarations, laisser penser que la situation étant ce qu’elle est, j’accélère je ne sais quelle stratégie politique, si je ne vous réponds pas, ça fait aussi étrange au sens où je suis une responsable politique, engagée politiquement, donc bien évidemment j’ai une responsabilité politique.

Vous voyez, je réfléchis tout en, tout en, tout en vous parlant donc je suis consciente, vous savez, de la gravité de la situation, de la délicatesse du sujet, à la fois du respect par rapport aux personnes, et en même temps de votre légitime curiosité par rapport aux échéances politiques à venir.

Donc ce que je peux vous dire, c’est qu’il n’y a aucune raison là que le chemin politique s’arrête. Pourquoi ? Parce que les Français, leur situation n’est pas impactée par ce qui se passe, la situation sociale, la gravité de la situation économique, l’explosion des inégalités.

@RoyalSegoleneSégolène Royal
J’ai invité à parler les ouvriers en grève de l’usine voisine. Après onze ans d’ancienneté ils gagnent 960 euros car on leur retire le repas!

 

@DimitridAlfangeDimitri d’Alfange
@RoyalSegolene Le repas! C’est vraiment une honte…
14 May via web

 

Vous voyez, je reviens hier d’une journée passée en Lorraine, où j’ai été une fois de plus, hein, confrontée à la situation économique dramatique de certains salariés, puisque certains grévistes sont intervenus dans la réunion publique que je faisais, et rendez-vous compte que dans cette entreprise d’appels téléphoniques, il y a des salariés qui ont 10 ans d’ancienneté dans l’entreprise, et qui gagnent 980 euros par mois. Vous allez me dire, pourquoi gagnent-ils moins que le SMIC ? C’est parce qu’on retient sur leur salaire, malgré leurs 10 ans d’ancienneté, les tickets restaurants.

Donc vous voyez quelle est la situation économique de certaines personnes, il y avait là des femmes avec enfant, qui travaillent dans cette entreprise, qui font plus de 100 kilomètres par jour, et même parfois davantage, donc qui ont déjà une dépense de 300 euros par mois pour mettre dans leur réservoir, il leur reste donc 700 euros pour vivre avec leurs enfants, ce qui veut dire qu’elles doivent aller chercher de la nourriture à la banque alimentaire pour pouvoir survivre.

Est-il normal que dans la France d’aujourd’hui, il y ait tant de salariés pauvres, alors que d’un autre côté tant d’entreprises, notamment les grandes entreprises du CAC40, dont cette entreprise est une sous-traitante, gagnent autant d’argent, et qu’on assise une fois de plus à l’augmentation indécente, indécente des salaires des patrons et des banquiers ?

Jean-Pierre Elkabbach : ces gens que vous avez vus hier comme d’autres, parce que vous tournez en France et vous faites des meetings, est-ce qu’ils ne vont pas recevoir comme un choc ce qui se passe à l’égard d’un des candidats potentiels et peut-être favori du Parti socialiste, Dominique Strauss-Kahn ?

Mais est-ce que vous ça vous donne la détermination d’y aller, une détermination encore plus marquée ? Mais je veux dire deux remarques : la première, je vous remercie d’être là, vous l’avez dit tout à l’heure, c’est une matinée un peu compliquée, et c’est une forme de courage politique de venir répondre alors que d’autres se seraient plutôt cachés, et deuxièmement, vous avez répondu à l’invitation de Thierry Guerrier et de moi il y a une vingtaine de jours pour parler ce matin. Vous voyez les coïncidences. Est-ce que ça renforce votre détermination d’y aller, vous ?

Ségolène Royal : si vous le permettez, je voudrais que, avec votre accord bien sûr, que l’on puisse cesser de faire un lien entre ce dont nous venons de parler, et la situation politique en France, j’observe que dans votre question vous refaites à nouveau ce lien. Si vous faites ce lien, je ne pourrai plus vous parler, là, dans notre entretien, des perspectives politiques, parce qu’on pensera que c’est lié très directement. Donc vous faites le choix : soit vous considérez qu’il faut, pour des raisons médiatiques faire ce lien, et entre ce grave événement dont on vient de parler, et ma volonté politique, ma perspective politique, ma pensée politique, la situation des Français pour qu’à la fin de l’émission on puisse dire : « Eh bien vous voyez Ségolène Royal a profité de la situation pour avancer ses pions. ». Si c’est ça, je n’accepte pas, je n’accepte pas d’être instrumentalisée dans cette façon de voir les choses.

Donc nous parlerons d’autre chose, nous pourrons parler de croissance verte, d’écologie, de ce que je fais dans la région, qui sont d’ailleurs des sujets absolument cruciaux et passionnants. Mais je ne vous parlerai plus à ce moment-là des problèmes de la perspective de l’élection présidentielle qui de toute façon arrivera, j’aurai d’autres occasions de prendre la parole, je fais un grand meeting à Toulouse le 22 mai, donc j’airai l’occasion de m’exprimer à nouveau sur des perspectives politiques qui sont tracées, et que je ne vais pas fixer en fonction de ce qui vient de se passer.

Donc je fais un grand meeting politique le 22, c’était fixé avant, je fais une Université Populaire avec Jean-Pierre Chevènement le 8 juin, c’était fixé avant, j’ai l’intention de faire un débat avec Marine Le Pen quand les échéances se présenteront, c’était…

@RoyalSegoleneSégolène Royal
Echo paru dans la presse disant que j’allais débattre avec Mme Le Pen. J’ai dit non car on ne me proposait pas le même temps de parole.

 

Jean-Pierre Elkabbach : sur Europe 1 ?

Ségolène Royal : pourquoi pas, nous verrons, c’était fixé avant parce que je pense qu’il y a là un enjeu politique majeur. J’ai un déplacement par semaine dans les territoires français comme j’ai fait hier en Lorraine, c’était fixé avant. Et en aucun cas je n’accepterai que l’on puisse dire qu’il y a une quelconque accélération de ma part, à cause des difficultés de l’un des nôtres.

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