Du FMI à la prison, la chute de DSK vue par des psychiatres

17/05/2011 | Mise à jour : 21:20
Dominique Strauss-Kahn au tribunal, lundi à New York.
Dominique Strauss-Kahn au tribunal, lundi à New York. Crédits photo : Emmanuel Dunand/AP

Les clés psychologiques d’une affaire de mœurs qui bouleverse l’opinion publique. 

Comment un homme qui aurait pu être chef de l’État peut-il du jour au lendemain se retrouver en prison avec des détenus de droit commun? Même s’il reste présumé innocent, des psychiatres répondent. • Y a-t-il un fossé entre le profil d’un séducteur et celui d’un violeur ? 

«C’est totalement antithétique, s’exclame le Pr Jean-Pierre Olié (Sainte-Anne, Paris). Le séducteur a besoin de percevoir chez l’autre une empathie, une assurance, une réponse positive, un élan. Le violeur veut une emprise, une maîtrise de l’autre. Il s’inscrit dans le déni de son attente.» Pour le Pr Bruno Falissard (Inserm) : «La différence de base s’appelle le consentement. Mais cette notion n’est pas simple. Dans le cadre d’une relation sexuelle, doit-on dire toutes les cinq minutes que l’on est d’accord?» Le séducteur vit dans le désir de plaire, de provoquer l’attirance. Tous les politiques sont des séducteurs, rappelle le Pr Michel Lejoyeux (hôpital Bichat, Paris). «Dans l’accession au pouvoir, il y a une dimension de charisme, de charme. Il y a une présence électrique chez les grands politiques. Dans le cadre d’un viol, d’une agression, il n’y a pas de logique de communication, mais de domination.» Pour ces médecins, il n’y a pas de psychologie du viol, plusieurs phénomènes peuvent être en cause, agressivité, emprise de drogues, perversion. Il n’y a pas de clé unique.

• Comment peut-on supporter d’être un prisonnier de droit commun quand, quelques heures plus tôt, on était l’un des hommes les plus puissants du monde ? 

«La roche Tarpéienne est proche du Capitole, dit Michel Lejoyeux. Pour celui qui se retrouve ainsi en prison, il y a un travail de deuil terrible à faire, deuil de son statut social, de son image, de sa gloire. DSK est dans la situation d’une personne qui a tout perdu. Et qui est à poil devant tout le monde. Il est là dans l’outrage maximum.» Le Pr Falissard a étudié, il y a quelques années, cinq jours et deux semaines après leur incarcération, le sort des primo-incarcérés. «Il est clair qu’ils vont plus mal que les délinquants habitués à la détention, explique-t-il. Mais DSK est un cas exceptionnel. Pour arriver à ce niveau, cet homme a dû faire preuve de capacités hors normes, notamment en termes de résilience. Quand on est un élu, un ministre, on prend des coups énormes, on a l’habitude. Or, DSK n’est pas en prison pour malversation financière. Être accusé de tentative de viol vous touche dans votre intimité. Pour lui, c’est assurément un gros coup sur la tête.»

Marc Valleur (hôpital Marmottan, Paris), spécialisé en addiction, fait le parallèle avec Loïk Le Floch-Prigent, l’ancien PDG d’Elf, mis en examen dans l’affaire Elf. «Il raconte que la première incarcération constitue un vrai drame pouvant mener au suicide. Les personnes qui sont incarcérées pour la première fois n’acceptent pas de se vivre comme les criminels qu’ils jugeaient loin d’eux», estime-t-il.

• Comment se remettre d’une exposition médiatique planétaire qui vous désigne comme coupable ? 

Les médecins sont unanimes: pour s’en sortir, il faut se battre. «La bonne manière de se défendre, c’est de combattre, de faire valoir ses droits, confie le Pr Lejoyeux. Certains peuvent être dans le déni, d’autres dans le désespoir total. Ce qui est inédit ici, c’est la diffusion mondiale des accusations. Pour être un grand homme politique, il faut être programmé pour séduire, pour supporter la défaite.» Un point de vue partagé par Marc Valleur: «Seul un être combatif et très intelligent peut, en puisant dans lui-même, transformer cette situation et se reconstruire. Michael Jackson avait failli, lors de son procès pour pédophilie, chuter de sa position d’idole, mais il avait été capable de s’en remettre. Bertrand Cantat, lui aussi, était une vraie star avant d’aller en prison. La suite de sa carrière n’a pas l’air d’être un jardin de roses. DSK a les moyens de transformer ce drame en combat. Mais tou t dépend de ce qu’il pense de lui-même. S’il se sent coupable, il va déprimer, car il ne pourra pas se battre.»

• Pour son entourage, comment faire pour gérer une telle situation ? 

Pour l’instant, sa famille est d’une dignité extrême en restant dans le silence, estime le Pr Lejoyeux: «Cette histoire, si elle est vraie, n’est que de la détresse. Détresse de la femme agressée, détresse aussi de l’agresseur, parce que lui non plus n’est pas dans une histoire de l’ordre du plaisir, détresse pour la famille, les proches.» Mais, pour Bruno Falissard, «l’entourage de DSK connaissait son penchant pour les femmes et ne devait avoir peur que d’une chose, que celui-ci soit révélé au grand jour. On est donc loin de celui qui se réveillerait un matin avec la police en train de découvrir des images pédophiles dans l’ordinateur de son père. Là, il s’agirait d’une blessure majeure pour l’entourage.»

DSK

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