Ces professeurs qui cherchent le jeune derrière l’élève…

Dans un collège rural, des enseignants témoignent de leur mission éducative qui implique d’établir une relation avec les jeunes. Activités créatives, options proposées en dehors des cours permettent à des élèves de se révéler.

Répartis en deux groupes, la douzaine de collégiens phosphorent sur une présentation ludique qu’ils font à leurs camarades, de tout ce qu’ils ont découvert cette année : visite d’une centrale nucléaire, témoignage de professionnels, cours de secourisme, rédaction de lettres de motivation… 

Ces élèves du collège Frédéric Bazille de Beaune-la-Rolande, au nord du Loiret, ont tous choisi en septembre l’option « découverte professionnelle ». Un investissement de trois heures hebdomadaires dans un emploi du temps déjà dense, qu’ils ne regrettent apparemment pas. « Les cours, c’est répétitif. Là on s’implique, c’est mieux », tranche une adolescente, approuvée par ses pairs.

L’option est portée par deux enseignantes également volontaires. Isabelle Rabier, professeur de technologie, et Florence Ferrand, sa collègue d’histoire. Voilà plusieurs années qu’elles ont fait le choix de travailler ensemble sur cette offre éducative qui permet de tisser d’autres relations avec les élèves et de les motiver. 

« L’idée est de leur ouvrir des horizons », résume Isabelle. « En cours ils sont passifs. Là on peut découvrir leur personnalité dans une ambiance plus détendue », ajoute Florence. 

Depuis la rentrée, elles accompagnent ainsi, avec d’autres enseignants, deux promotions d’une douzaine d’élèves. « Faute de place, on a dû refuser des candidats », souligne l’enseignante de technologie.

Construction d’une maison écologique et atelier vidéo

Implanté en milieu rural, le collège accueille un public socialement fragilisé. Le principal, Jean-Loup Chataigner, observe qu’avec la crise, des populations chassées de la grande couronne parisienne atterrissent dans cette campagne du Gâtinais.

Construit il y a dix ans, le collège reçoit de plus en plus d’élèves, 600 cette année, qui viennent de tout le secteur, dont 550 sont demi-pensionnaires. « Leur univers culturel est très pauvre et comme ils passent ici toute leur journée, on essaie de leur offrir un accompagnement éducatif sur la plage horaire du déjeuner. » 

Dans la cour qui prend des allures de prairie, des professeurs d’éducation physique ont réalisé avec les élèves une « maison écologique ». Faute d’enseignant compétent, la chorale s’est arrêtée mais l’atelier vidéo connaît un beau succès.

Une forte implication des professeurs

L’implication de certains professeurs transforme la façon d’enseigner. En cette fin de matinée, des élèves de quatrième répètent une pièce de théâtre qu’ils ont écrite en cours de français. La scène, un conflit dans une municipalité au sujet de la fermeture d’une maison des jeunes. 

« Mettez-vous en colère, vous le détestez, ce maire ! », s’emporte Mathilde Dezelu pour secouer un acteur peu convaincant.

La jeune enseignante paraît maîtriser avec naturel cet équilibre mystérieux entre autorité et complicité. Le vouvoiement est de rigueur mais l’humour affleure. « Les relations entre élèves sont très dures. Ce travail d’écriture, de mise en scène, cela leur permet de sortir de leurs rapports de force, de se parler autrement. » 

L’enseignante qui rencontre chaque parent individuellement deux fois par an sait que beaucoup d’enfants connaissent des vies difficiles. « L’école est un lieu qui doit leur offrir une sécurité. Mais dans ce cadre, je n’ai pas le choix, je ne peux pas faire mon métier sans eux mais avec eux », témoigne Mathilde. 

En juin, elle emmènera sa classe pour un stage de « Slam » d’une semaine en Sologne.

Pour Florence Ferrand, il est indispensable que les professeurs acceptent aujourd’hui de prendre en compte les élèves dans toute leur personnalité. 

« Certains entendent les adultes répéter qu’ils sont bons à rien. Pour restaurer l’estime de soi, il faut s’intéresser à eux, prendre le temps de parler entre deux cours. Le climat social est dur, le chômage abîme les familles, je vois de plus en plus d’élèves démotivés », explique la professeur d’histoire qui enseigne depuis dix ans.

BERNARD GORCE

http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/France/Ces-professeurs-qui-cherchent-le-jeune-derriere-l-eleve-_NP_-2011-05-20-617336

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