Le système de notation perd du terrain… »la moyenne sert à décider du passage ou non dans la classe supérieure, pas à déclencher une aide ciblée »

Et si une révolution silencieuse était en cours ? Si un jour le système éducatif français se débarrassait une fois pour toutes des notes, de ces moyennes sur 20 qui stigmatisent les élèves, favorisent les comparaisons et génèrent d’innombrables psychodrames familiaux ? Régulièrement, la polémique fait rage. 

À l’automne dernier, l’Association de la fondation étudiante pour la ville (Afev) – dont les bénévoles accompagnent des élèves en difficulté – lançait une pétition pour la suppression des notes en primaire, qui a recueilli de nombreuses signatures. « Le système de notation, associé à la sélection et à la compétition, explique en grande partie la souffrance de ces enfants à l’école », justifie Eunice Mangado-Lunetta, de l’Afev. 

La levée de boucliers, menée notamment par l’ancien ministre de l’éducation nationale Luc Ferry, ne s’est pas fait attendre. Taxée de « démagogique », l’initiative a été vite enterrée par l’actuel ministre de l’éducation nationale, Luc Chatel, assurant qu’il n’était « pas question de supprimer les notes ».

L’évolution du système de notation a déjà commencé

Sauf que les éclats de voix masquent de réelles évolutions, aussi bien dans les textes que sur le terrain. Dans le primaire, aucun texte n’oblige les enseignants à utiliser des moyennes sur 20, matière par matière. 

« Les établissements ont des pratiques très variées, dont il n’existe pas de photographie précise, assure Pierre Merle, sociologue, et spécialiste des questions d’évaluation (1). Mais il est certain que nombre d’entre eux ont déjà renoncé aux notes. » « Certaines écoles travaillent aujourd’hui sans système classique de notation », confirme au ministère de l’éducation nationale le directeur général de l’enseignement scolaire, Jean-Michel Blanquer. 

L’objectif est d’aller de plus en plus vers une évaluation fine des compétences de l’élève et non de « résumer » ses connaissances par une moyenne qui ne dit pas grand-chose de ses points forts ou de ses difficultés.

Cette philosophie est portée par la loi de 2005 qui a défini le socle commun des savoirs indispensables que doit avoir acquis un enfant à l’issue de la scolarité obligatoire. Transcendant les matières, ce socle est décliné en sept piliers : la maîtrise de la langue française, la pratique d’une langue vivante étrangère, les compétences de base en mathématiques et la culture scientifique et technologique, la maîtrise des techniques usuelles de l’information et de la communication, la culture humaniste, les compétences sociales et civiques ; l’autonomie et l’initiative des élèves. 

Chacune est déclinée en sous-objectifs : par exemple, « écrire lisiblement un texte, (…) en respectant l’orthographe et la grammaire » ou « participer à un débat, à un échange verbal » en ce qui concerne le français. Chaque fois qu’une compétence est acquise, l’équipe enseignante le note dans le livret personnel qui suit l’enfant durant sa scolarité. Un bilan doit être fait en fin de CE1, en fin de CM2 et en fin de 3e , récapitulant les compétences acquises, en cours d’acquisition ou non maîtrisées. 

« Il faut du temps pour que de telles réformes se mettent en place, avance Jean-Michel Blanquer. Mais le livret a été généralisé cette année à l’ensemble des collèges. »

« Le système éducatif français a du mal à se séparer des notes »

Exigeant, ambitieux, ce système d’évaluation suscite des résistances. « Culturellement très élitiste, le système éducatif français a du mal à prendre ses distances avec les notes », estime le chercheur Éric Charbonnier, expert à la direction éducation de l’OCDE. 

« On demande avant tout à une évaluation d’être simple, synthétique et comprise par tous, ajoute Olivier Vial, président du syndicat étudiant UNI. Peu contestées, les notes protègent les enseignants des négociations avec les élèves et leurs parents. Les autres systèmes – moins bien compris – provoquent souvent une dégradation du climat scolaire. » 

Les deux systèmes vont donc, pour le moment, coexister. « Ils sont complémentaires », temporise Jean-Michel Blanquer. Mais l’objectif est bien, à terme, que la nouvelle approche finisse par s’imposer, notamment pour lutter contre l’échec scolaire, qui reste encore trop important en France.

« Le but de l’évaluation par compétences est de personnaliser les parcours », précise Jean-Michel Blanquer. En clair, une fois détectés les points faibles de l’élève, de déclencher un soutien scolaire adapté. 

« Cela devrait être le but de tout système d’évaluation, quelle que soit sa forme, assure Éric Charbonnier. Or, en France, on associe trop souvent notation et redoublement. La moyenne sert à décider du passage ou non dans la classe supérieure, pas à déclencher une aide ciblée. » 

Le début d’un changement

Les choses commencent à bouger, lentement, avec des moyens qui sont par ailleurs de plus en plus restreints. « Il n’empêche que les deux heures d’aide personnalisée par semaine prévue en primaire sont aujourd’hui une réalité », assure Jean-Michel Blanquer. 

Et selon le directeur général de l’enseignement scolaire, elles commenceraient à porter leurs fruits : « Les résultats des évaluations nationales de CM2 réalisées en janvier sont meilleurs que ceux de l’an dernier ».

Grâce à ces évolutions, la France se hissera-t-elle un jour au niveau de la Finlande, qui se trouve régulièrement en tête des classements de l’OCDE pour la performance de son système éducatif ? Les élèves n’y sont jamais notés avant 12 ans, le redoublement y est inexistant et le soutien scolaire déployé dès le plus jeune âge.

(1) Auteur de Les Notes, secrets de fabrication , Éd. PUF, 2009.

Emmanuelle Réju

http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/France/Le-systeme-de-notation-perd-du-terrain-_NP_-2011-05-20-617321

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