Ségolène Royal dans Les Inrockuptibles: « Je suis pour un Etat très volontariste dans l’économie », « si je suis élue je ferai de la France l’une des premières puissances écologiques du monde »

Ségolène Royal a accordé une interview au magazine Les Inrockuptibles, dans son dernier numéro, sorti hier en kiosque, et qui n’existe pas en version électronique.

La candidate aux primaires du Parti socialiste fait plus que répondre aux questions des trois journalistes qui l’interrogeaient, elle esquisse les grandes lignes de ce qui pourrait être un « projet d’avenir » pour la France.

Elle aborde le sujet des primaires, mais c’est une ébauche de programme présidentiel dont elle donne les pistes, un pacte qu’elle propose aux Français, en formulant de nombreuses propositions et en s’engageant à les mettre en place si elle est élue :

« En 2012, deux conceptions de l’Etat s’affronteront : celle que je défends, un Etat présent et actif  sur l’orientation de l’économie créatrice, et celle que l’on voit à l’œuvre actuellement, l’Etat inerte. »

Une décennie après la fameuse phrase de Lionel Jospin, « l’Etat ne peut pas tout », Ségolène Royal prône l’entrée de l’Etat dans le capital des banques et des entreprises stratégiques. Rencontre avec une candidate à la primaire du PS sereine, convaincue de créer la surprise avec ses propositions. par Hélène Fontanaud, Marion Mourgue et Thomas Legrand.

Quel bilan faites-vous du quinquennat de Nicolas Sarkozy, à un an de l’élection présidentielle ?

Ségolène Royal –Quand on me demandait, il y a quelques semaines, de trouver quelque chose de positif dans le bilan, je citais la sécurité routière. Or comme chacun sait, le nombre de tués sur la route a considérablement augmenté à cause de la réforme du permis à points, pour céder à je ne sais quel lobby.

Mais je retiens surtout l’explosion des inégalités et par voie de conséquence la précarité généralisée, même pour les classes moyennes qui se croyaient à l’abri.

Face à cette crise, on ne sent aucune volonté du pouvoir de peser sur les grands choix économiques, sociaux, écologiques qui doivent être faits. Cela a fait gravement reculer la France.

Si j’avais été élue, j’aurais par exemple fait de la France, avec la révolution verte, l’une des premières puissances écologiques du monde.

Il n’est pas trop tard, c’est ce que je ferai si je suis élue en 2012, comme je l’avais proposé en 2007. Avec moi, la France aurait relevé ce défi, qui est une chance, de la mutation écologique.

Vous auriez développé les éoliennes, les énergies renouvelables ?

Oui, mais pas seulement. Tous les secteurs industriels sont concernés.

La droite a-t-elle péché par manque de volontarisme ou par manque de sincérité ?

Les deux. Une grande partie de la droite n’a pas fait sa révolution écologique comme le prouve l’abandon du Grenelle de l’environnement et la déclaration du président de la République : « L’environnement, ça commence à bien faire ». Il est clair que ce gouvernement obéit à une logique ultralibérale. Il y a à la fois une forme d’incompétence et de désorganisation gouvernementales qui s’appuient sur des choix à contresens de l’histoire :par exemple les reculs dans l’éducationet la santé.

Il y a une privatisation rampante et dangereuse. En 2012, deux conceptions de l’Etat s’affronteront : celle que je défends, un Etat présent et actif  sur l’orientation de l’économie créatrice, et celle que l’on voit à l’œuvre actuellement, l’Etat inerte.Par exemple, qu’il n’y ait eu aucune contrepartie au renflouement des banques par l’Etat n’est pas acceptable. C’est de plus une occasion manquée d’aider les PME à trouver enfin les appuis bancaires à leur développement. C’est ce que je ferai.

Pensez-vous qu’en 2012 les Français retiendront ce qui n’a pas été fait, par exemple ce déficit de gouvernance, ou plutôt des mesures ou des réformes contestées ?

Les Français subissent la baisse du pouvoir d’achat, la précarité du travail, la dégradation des conditions de travail, l’affaiblissement des services publics, sans parler de l’injustice des écarts de revenus qui se creusent.

L’accès à la santé et à l’éducation qui paraissaient des acquis du modèle français ne le sont plus. D’où l’inquiétude et l’insécurité généralisées. Nous savons qui vous renverse et vous casse une jambe et qui vous dit : de quoi vous plaignez-vous, j’aurais pu vous casser les deux jambes, ou même pire !

Et ils attaqueront les socialistes… Ce qui nous conduit à la primaire. Pour vous, c’est à la fois une compétition de projets, de personnalités, ou les deux ?

C’est un événement politique majeur.Les choses ont d’ailleurs beaucoup évolué. Au départ, la droite dénigrait la primaire en parlant de machine à perdre. À gauche aussi, beaucoup de gens étaient contre la primaire en disant qu’il fallait choisir un candidat sérieux entre gens sérieux… Mais l’idée de la primaire a fait son chemin. Plus personne ne la conteste, en tout cas en public.

Les enquêtes ont montré que les gens avaient soif de participer. Après, combien de personnes vont venir voter ? Je pense qu’il y en aura beaucoup.

Mais, entre vous, Dominique Strauss-Kahn, François Hollande et Martine Aubry, il n’y a pas de divergences fondamentales. Cette primaire ne va-t-elle pas se réduire à un choix de personnes ?

Je ne le crois pas du tout. Je suis par exemple pour une conception de l’Etat très volontariste dans l’économie.La création d’une banque publique d’aide aux PMEfigurait déjà dans mon projet présidentiel de 2007 et est inscrite aujourd’hui dans le projet du PS. Sur ce point comme sur d’autres, si cela avait été fait en 2007, la crise serait moins profonde.

Martine Aubry, François Hollande l’ont repris…

Mais comme convenu, chacun fera valoir ses priorités. J’ajoute que je suis déjà passée à l’action dans la Région que je présidepour prouver que des solutions concrètes marchent, notamment dans le domaine de la croissance verteou de l’aide au financement public des PME. C’est la politique par la preuve.

Martine Aubry va plus loin en prônant l’abandon du nucléaire.

Il faut préparer l’après-nucléairecomme il faut préparer l’après-pétrole. Mais je suggère que l’on puisse garder un ou deux réacteurs bien contrôlés, car je suis convaincue qu’il faut conserver la maîtrise de cette technologie afin de trouver une solution pour le retraitement des déchets nucléaires. J’organise un grand débat public sur cette question le 23 mai à l’université de Poitiers.

Cette entrée de l’Etat dans les entreprises, vous la chiffrez à combien ?

Avant de répondre précisément, il faudra définir quelles sont les filières stratégiques.Je l’ai fait ave Heuliez en faisant entrer la Région au capital d’une entreprise privée, exemple unique en France, pour sauver la voiture électrique. Donc je sais que c’est possible.Conformément à cette action, j’autoriserai toutes les Régions à faire de même.C’est courant en Allemagne. Il faut simplifier le processus de l’économie mixte.

Et vous appelez ça nationalisation ou pas ?

J’appelle cela entrée de l’Etat dans le capital. En voilà assez des subventions publiques ou d’exonérations de charges qui vont aux grands groupes sur lesquels l’Etat n’a aucun contrôle ! Regardez Total, ce n’est pas acceptable que l’Etat ne contrôle pas le prix de l’essence.

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