Retranscription par Militants de l’Espoir À Gauche avec Ségolène Royal / F.M.

http://www.wat.tv/video/royal-etait-invitee-19-20-3patx_324ad_.html


Corinne Lebrave : politique donc, avec la venue de Ségolène Royal à Toulouse, la candidate à l’investiture socialiste pour la présidentielle de 2012 est allée, je vous le disais, à la rencontre des associations et des militants cette après-midi au Centre Alban Minville dans le quartier du Mirail à Toulouse, avant de tenir une réunion publique sur le pouvoir d’achat. La présidente de la Région Poitou-Charentes est notre invitée, Madame Royal, bonsoir.

Ségolène Royal : bonsoir.

Corinne Lebrave : merci d’être avec nous ce soir. Alors vous êtes venue parler du pouvoir d’achat, mais j’imagine qu’avec la semaine un peu exceptionnelle qu’a connue la France, et notamment le Parti socialiste, l’affaire DSK est encore dans tous les esprits, je précise que ce soir ce sont aussi les téléspectateurs qui posent les questions, elles nous sont parvenues par internet, et cela me mène donc à vous poser la première en relation avec DSK, c’est celle de Jean-Pierre de Fleurance : « Cette affaire ne risque-t-elle pas de discréditer l’ensemble du PS ? »



Ségolène Royal : absolument pas. Mais il appartient au Parti socialiste de faire des propositions efficaces et crédibles pour répondre aux problèmes des Français, c’est ça le rôle d’un grand parti politique, et c’est ça aussi l’enjeu de 2012, c’est que les Français puissent se dire, avec cette élection présidentielle, que la gauche veut gagner, notre vie quotidienne va s’améliorer.

Et je puis vous dire que dans les réunions que j’ai tenues aujourd’hui sur Toulouse, personne ne m’a parlé de ce que vous appelez « l’affaire DSK », personne.

On m’a parlé des problèmes de pouvoir d’achat, de retraites trop petites, de gens qui travaillent et qui pourtant n’arrivent pas à boucler les fins de mois, de l’explosion du prix de l’énergie, de l’explosion du prix des loyers, j’ai testé les gens sur mon idée qui était de bloquer au moins le prix de 50 produits de première nécessité, à la fois pour l’alimentation et pour l’entretien, de bloquer le prix de l’énergie, de faire en sorte que le coût du logement n’aille pas au-delà de 20% du revenu des gens.

Voilà des solutions concrètes qui doivent permettre de remettre un peu plus de justice, quand même, dans notre société, quand on voit les fortunés qui se sont encore enrichis, et qui ont eu des cadeaux fiscaux, et les catégories moyennes et modestes qui se sentent tirées vers le bas, et moi je n’accepte pas cela pour mon pays.

Corinne Lebrave : alors, justement, vous êtes à Toulouse dans le cadre des primaires, elles n’ont jamais été aussi ouvertes, c’est une première sans l’histoire du PS. En revanche, contrairement à 2007, elles ne vous sont pas très favorables, pour l’instant en tout cas.

Ségolène Royal : eh bien, écoutez, c’est tant mieux, il m’appartient  comme cela de faire davantage de travail pour convaincre.

Mais vous savez, les Français savent bien qu’un an avant une élection, les sondages se sont toujours trompés, et de toute façon, les sondages, ça n’est pas le choix démocratique des gens.

Donc il y a encore beaucoup de temps, j’ai eu, en 2007, 17 millions de voix, ce qui ne me donne aucun droit, mais en même temps qui me donne le devoir, comme je l’ai toujours dit, de rester fidèle aux valeurs que je défends, et en particulier aujourd’hui.

Je crois que la France a besoin d’une présidente de la République qui soit à la fois honnête et efficace, et qui a fait la preuve dans toutes ses responsabilités que j’étais animée de la morale de l’action, c’est-à-dire l’évaluation de ce que l’on fait du pouvoir quand on a la chance de l’avoir entre les mains pour que les choses changent vraiment, tout en étant fidèle à ce que l’on doit protéger, et ce qui fait aussi l’identité de notre pays, et la soif aussi je voudrais dire, qui est très importante, hein, la soif de sécurité, et la soif d’éducation, voilà les grands piliers de mon projet présidentiel.

Pierre Laurent, « le nouveau leader du PC »

Corinne Lebrave : alors, Madame Royal, vous n’étiez pas la seule à Toulouse aujourd’hui, Pierre Laurent, le nouveau leader du Parti communiste était également à Toulouse, il est venu animer le meeting de clôture de la Fête de l’Humanité, qui s’est déroulée durant tout le week-end sur la plaine des Argoulets. Une gauche unie pour un candidat à la présidentielle, pourquoi pas, Antoine dans le Lot aimerait savoir pourquoi les primaires ne sont pas étendues justement à toute la gauche ?

Ségolène Royal : mais je le souhaiterais également, je pense que ce serait une très bonne idée d’élargir les primaires à toute la gauche, maintenant il appartient aux autres organisations politiques de se définir en tant que telle, Europe Ecologie a choisi de faire des primaires de son côté, le Parti communiste, je ne sais pas, en tout cas ne s’est pas joint, pour l’instant, aux primaires du PS, mais je suis convaincue de toute façon que vont venir voter… D’abord je dis à vos téléspectateurs que tout le monde peut venir voter, pas seulement les gens qui sont – parce qu’on m’a encore posé la question cette après-midi…

Corinne Lebrave, l’interrompant : pour vous en 2012, vous voulez être la candidate, je crois, de toutes les composantes, ou de la plupart en tout cas des composantes de la gauche, pour vous, en 2012 il faut faire front, il faut que la gauche fasse front face, justement, au candidat de l’UMP ou au candidat du Front national ?

Ségolène Royal : vous savez, à partir du moment où ce sont vraiment les valeurs républicaines qui ont été abîmées pendant ces 4 années : la Liberté, est-ce qu’on a la liberté de vivre lorsque le travail ne paye plus suffisamment pour boucler les fins de mois ; l’Egalité, est-ce que l’égalité est encore là lorsqu’elles [les inégalités] ne se sont jamais autant creusées qu’aujourd’hui, et qu’elles affaiblissent la confiance dans notre pays ; la Fraternité, regardez, les Français sont dressés les uns contre les autres, donc si l’on veut vraiment reconquérir ces valeurs, en effet, on peut faire alliance de la gauche, des altermondialistes, des écologistes, et des centristes humanistes, en tout cas de tous les Républicains qui veulent vraiment que la France s’en sorte.

Corinne Lebrave : alors, comment expliquez-vous que le PS, c’est une question aussi d’un de nos téléspectateurs, José de Castanet : « Comment expliquez-vous que le PS ait perdu aujourd’hui la confiance des classes populaires ? »


Ségolène Royal : mais où avez-vous vu cela ? Je ne sais pas, vous savez, moi j’ai été élue à 61% des voix dans ma Région, je peux vous dire que les classes populaires, elles sont venues voter, parce que je les défends ardemment, les classes moyennes et les classes populaires, mais c’est vrai qu’une partie des gens sont découragés, se replient sur eux, pensent que la politique ne sert plus à rien, estiment que leurs responsables politiques ne sont pas suffisamment vertueux, pensent que la parole politique ment, et à ces catégories populaires, moi je leur dis qu’au contraire, la politique a encore une marge de manœuvre, et que moi je n’accepte pas que la mondialisation se fasse sur le dos des catégories moyennes et des catégories populaires, et qu’il faut changer les règles du jeu.

Des tentes se sont installées sur la place du Capitole à Toulouse pour soutenir le mouvement des jeunes en Espagne

Corinne Lebrave : la mondialisation, on va en parler, avec un sujet qui v… enfin, de façon … avec un sujet qui va vous intéresser, Madame Royal, on en parlera après, des tentes ont fait leur apparition sur le Capitole à Toulouse depuis hier soir, des jeunes ont décidé de se relayer sur la place à l’instar de la jeunesse espagnole, dans un mouvement spontané de solidarité avec l’occupation de la Puerta del Sol à Madrid, mais aussi pour mettre en lumière les situations de précarité qui existent en France. Emmanuel Wat et Denis Tanchereau.

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Angela Salazar, étudiante espagnol à Toulouse dans le cadre du programme Erasmus, relaie la mobilisation auprès les Toulousains

« Angela est originaire de la région d’Alicante en Espagne. Elle poursuit ses études en France dans le cadre du programme Erasmus, la jeune femme suit de près le mouvement de contestation né sur la place de la Puerta del Sol à Madrid, une mobilisation qu’elle relaie maintenant auprès de la population toulousaine :

« Attendre, attendre beaucoup et accepter, accepter la situation, l’accepter, mais il arrive un moment que les personnes, ça ne peut continuer comme ça. Il y a une manifestation aussi à Paris, à Berlin, à beaucoup de pays de l’Europe. »


Depuis le 15 mai, les manifestants campent dans le centre des grandes viles espagnoles

Depuis le 15 mai, les manifestants campent dans le centre de grandes villes espagnoles, plusieurs milliers de personnes déçues par le fonctionnement des partis politiques réclament de vraies mesures contre l’injustice sociale et les dérives du capitalisme.


« Tu voz es nuestra voz », « Ta voix est notre voix » : en Espagne, « plusieurs milliers de personnes déçues par le fonctionnement des partis politiques réclament

…de vraies mesures contre l’injustice sociale et les dérives du capitalisme »


Premières victimes du chômage, les jeunes sont indignés par la situation actuelle.


Sur la façade du Capitole à Toulouse, « Indignados« , « Indignés » ; on lit aussi : « Basta! » « Tous les politiciens au RSA » : en Espagne, « premières victimes du chômage, les jeunes sont indignés par la situation actuelle. La nuit dernière, une cinquantaine de personnes a dori sur la place du Capitole pour soutenir la fronde en Espagne »

La nuit dernière, une cinquantaine de personnes a dormi sur la place du Capitole pour soutenir la fronde en Espagne.



[Mats Lucia :] « Ça a commencé comme un peu comme de la solidarité avec le mouvement en Espagne, maintenant on s’est rendus compte vite qu’il y a des conditions de revendication qu’on peut adapter à chaque contexte, et c’est pour ça qu’on a la volonté de créer aussi un mouvement propre, ici. »


Place du Capitole à Toulouse : « Contra la dictadura del Capital », « Contre la dictature du Capital »

Des élections locales avaient lieu ce dimanche de l’autre côté des Pyrénées ; sans attendre la fin du scrutin, les occupants de la place centrale de Madrid ont voté la poursuite du mouvement jusqu’au 29 mai. »

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Corinne Lebrave : alors Madame Royal, votre réaction, la contestation encore timide, hein, mais qui gagne apparemment à Toulouse la jeunesse, qu’est-ce que vous en pensez ?

Ségolène Royal : « Le chômage des jeunes est beaucoup trop élevé aujourd’hui, ils se demandent si la société leur temps les bras et s’il va y avoir une place pour eux, et ça c’est une question cruciale, parce qu’un pays ne peut pas correctement envisager son avenir si les jeunes ne trouvent pas d’emploi »

Ségolène Royal : eh bien écoutez, en tout cas, ce qui est vrai, c’est que le chômage des jeunes est beaucoup trop élevé aujourd’hui, ils se demandent si la société leur tend les bras et s’il va y avoir une place pour eux, et ça c’est une question cruciale, parce qu’un pays ne peut pas correctement envisager son avenir si les jeunes, surtout ceux qui en plus ont travaillé, qui ont un métier, qui sont diplômés, qui sont apprentis, qui ont des métiers valables, ne trouvent pas d’emploi, et c’est pour ça que moi je propose que la lutte contre le chômage des jeunes devienne une grande cause nationale.

Corinne Lebrave : alors ce n’est pas seulement le chômage, hein, c’est aussi les politiques, là, qui sont visés, les grands partis.

Ségolène Royal : oui, mais les grands partis sont visés parce que les jeunes sont au chômage, et en France en particulier. Ils n’arrivent plus d’autre part à se loger, avec l’augmentation du prix des loyers, beaucoup de jeunes, qui commencent dans la vie professionnelle, n’arrivent plus à se loger. Ils subissent aussi, et très directement, la hausse des prix.

Et on le voyait encore tout à l’heure dans la réunion au Mirail, et à la réunion, il y avait 650 personnes tout à l’heure à la réunion, et beaucoup de jeunes, ça m’a vraiment frappée, avec lesquels j’ai parlé après la réunion, ils m’ont dit : mais écoutez, on est diplômés, on a fait notre travail, on a bien travaillé à l’école, et aujourd’hui on ne trouve pas d’emploi.

Donc ça, c’est quelque chose qui est en train de s’écrouler dans la société française, et moi je ne l’accepte pas, parce qu’il y a des solutions. Lesquelles ? Par exemple les jeunes en alternance, si on conditionnait les aides aux entreprises ou les exonérations de charges dont les entreprises bénéficient, à l’obligation de prendre des jeunes en alternance, comme je le fais d’ailleurs dans ma Région, on pourrait commencer à lutter contre le chômage des jeunes.

Les engagements Première Chance, l’apprentissage, les Emplois Tremplins qui aident les entreprises à recruter des jeunes diplômés, les groupements d’employeurs, il y a toute une palette d’action sur lesquelles aujourd’hui, c’est vrai qu’on a un gouvernement quand même très inerte, alors que des solutions existent.

Corinne Lebrave : merci Madame Royal d’être venue sur ce plateau et d’avoir répondu à nos questions.

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