Des «je» d’ados…

Mue . Pour favoriser intégration et goût de l’écrit, des élèves de la région Paca bûchent sur leurs autobiographies. Présentation aujourd’hui des plus abouties.

Ce sont des mots un peu plus libres. Des textes qui laissent entrevoir leurs auteurs, adolescents qui s’épanouissent, se déplient, lorsqu’on les aide à dire «je», à parler d’eux en classe au travers d’autobiographies. Depuis onze ans, l’académie d’Aix-Marseille propose aux établissements scolaires de la région Paca de travailler dans cette direction toute l’année, puis un rendez-vous annuel rassemble 300 élèves et leurs professeurs à la Cité du livre d’Aix-en-Provence (1), afin de présenter les travaux les plus aboutis. Cela se passe aujourd’hui.

Les premiers textes laissent deviner les enjeux intimes et scolaires d’une telle démarche. Les adolescents travaillent un thème commun chaque année. «Les Suds» cette fois, explorés sous diverses formes d’écriture (lettres, journaux, poésie, portraits chinois, inventaires, acrostiches…) ou d’arts plastiques (photo, dessins, collages…). Des artistes sont intervenus en classe pour les assister et une metteuse en scène, Dilia Gavarrete-Lhardit, qui a préparé la journée d’aujourd’hui, a aidé certains des élèves à mettre en voix et en espace leur production.

«passage». Les établissements sont variés. Lycées, collèges, quartiers riches, populaires, urbains, ruraux. Classes de mineurs incarcérés, d’adolescents qui présentent un handicap mental…«Nous présentons tous ces travaux sans distinction de niveaux, explique Jean-Guillaume Coste, chargé de mission à la délégation académique à l’action culturelle. Ce qui me frappe au fil des années, c’est que les auteurs se confondent, les productions se valent, quelles que soient les origines.» Pour lui, «le travail sur l’autobiographie aide à l’intégration sociale et à la réussite scolaire d’élèves en difficulté». Au collège Vallon des pins de Marseille, des enseignantes travaillent avec un groupe d’élèves migrants. L’année dernière, le thème était «l’Autre». Ils ont écrit collectivement un très beau texte, dont l’un des passages disait : «La veille de ton départ/tu as dormi chez un cousin/tu as pleuré toute la nuit/Le matin tu as fait la bise à toute la famille/et à tous tes copains/Ensuite tu t’es caché sous le canapé/ton père t’a trouvé/Et tu as quitté l’Algérie.»

Pour Frédérique de Carvalho, formatrice en ateliers d’écriture pour l’association Terres d’encre (2), produire de l’écriture reste le meilleur moyen de se rapprocher de la lecture. Mais l’autobiographie va plus loin. «Les adolescents, rappelle-t-elle, sont au passage entre une enfance qui achève de mourir et un âge adulte qu’ils ne connaissent pas. Ils s’accrochent à l’autobiographie parce qu’elle les aide à se construire un « je ». A mettre à distance l’enfance pour saisir qui ils sont.»

saynètes. Mais le terrain est sensible. Et les enseignants parfois démunis lorsqu’il faut accompagner des élèves dans un travail si personnel. «Ils sont d’autant plus démunis, reprend Frédérique de Carvalho, qu’ils manquent de ressources sur l’écriture créative. Ils peuvent analyser les textes littéraires, mais en possèdent rarement les processus de création.» La mission lecture-écriture de l’académie a donc mis en place des modules de deux jours, suivis par 60 à 80 enseignants dans l’année. Les formateurs y insistent sur l’importance de «ne pas juger la parole autobiographique». Ne pas l’évaluer, la comparer. Ni trop en redresser la syntaxe. L’Association pour la promotion de l’autobiographie (Libération du 14 mai 1998) édite un petit livre ainsi qu’un DVD réunissant une partie des travaux. En attendant, aujourd’hui, des lectures à voix haute, des saynètes de théâtre, des montages vidéo, des petits films, une exposition d’arts plastiques… Des élèves du Sénégal et du Val d’Aoste seront également là : l’académie associe chaque année un pays ou plusieurs pays au projet. L’année prochaine, ce sera le Maroc. Et le thème : «Genres : masculin/féminin».(1) Avec le soutien de l’Association pour l’autobiographie et le patrimoine autobiographique, la ville d’Aix-en-Provence et la Fondation pour la lecture du Crédit mutuel. (2) terresdencre.com

Olivier Bertrand

http://www.liberation.fr/vous/01012339152-des-je-d-ados

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