Ségolène Royal à la réunion après-pétrole et après-nucléaire : « Une conférence citoyenne nationale pour le grand débat de 2012, des auditions publiques, télévisées » (TEXTE/PHOTOS)

Ségolène Royal a ouvert le débat public: « L‘après-pétrole, l’après nucléaire : comment ? », organisé lundi soir à Poitiers, à l’Hôtel Fumé. Après avoir rappelé le contexte du débat et les politiques de la Région en matière d’énergies renouvelable, de logement à très haute performance énergétique ou de transports collectifs comme les TER, elle a passé en revue les enjeux : enjeux économiques et sociaux, de sécurité et de santé publique, enjeu de la paix dans le monde, de l’indépendance et de la souveraineté énergétique des pays, dimension européenne, et au cœur de ces enjeux, la social-écologie.

Puis Ségolène Royal a entamé le débat, défini avec les conseillers régionaux autour de 4 lignes d’action :

-les économies d’énergie, car : « L’énergie la moins chère, c’est celle qu’on économise, ça c’est sûr. » ;

« le Plan national de développement des énergies renouvelables, qui serait décliné sur chaque territoire local, en associant la population aux choix des énergies » ;

-la planification de la sortie du nucléaire, grâce à la « parole forte d’un Etat », « qui dit que tout le monde va s’y mettre, y compris les ingénieurs qui ont été formatés dans le nucléaire, parce qu’ils ont quelque chose à apporter aussi sur la façon dont on va pouvoir précisément sortir du nucléaire, et ensuite sur la façon dont on va pouvoir démanteler les centrales nucléaires, et ensuite sur la façon dont on va pouvoir continuer à gérer la question des déchets nucléaires », en gardant « 1 ou 2 réacteurs, peut-être plus, peut-être moins […], pour pouvoir continuer à maitriser la technologie du nucléaire, pour pouvoir continuer les recherches sur la question du traitement des déchets nucléaires » ;

-et « une réflexion sur la privatisation du capital d’EDF, pour éviter comme au Japon la privatisation des profits reversés aux actionnaires quand tout va bien, et la nationalisation des pertes quand surviennent toutes ces catastrophes, ou quand il faut investir sur la sécurité des centrales », avec comme enjeux le rôle de la puissance publique, la protection des populations, et la transformation d’EDF en « un véritable levier du développement des énergies renouvelables ».

Et Ségolène Royal conclut :

« C’est pourquoi pour terminer je voudrais dire que la sortie du nucléaire doit être volontariste mais en même temps soutenable financièrement, technologiquement et socialement, en indiquant clairement les perspectives, parce qu’il faut indiquer un terme […] parce que quand les échéances sont assez floues, à ce moment-là il y a toujours de bonnes raisons de ne pas agir. »

« Sur le plan international il est évident qu’il faut mettre en place des zones d’exclusion nucléaire dans le monde, et en priorité dans les territoires situés sur les zones sismiques. »

« Enfin, je pense que tout cela ne peut être réussi que si nous avons une révolution démocratique […], je pense qu’on pourrait justement à l’échelle nationale mettre en place une conférence citoyenne pour organiser le grand débat de 2012, avec des auditions publiques, qui soient télévisées, les citoyens tirés au sort dans certaines conférences citoyennes, des associations qui soient mobilisées, un droit de regard et un droit d’accès et un droit d’expertise indépendant des différentes associations pour que le débat puisse se conduire et se démultiplier à l’échelon des territoires régionaux. »

Pour lire l’article sur la présentation de la réunion, cliquez ici.

Frédérick Moulin

Ségolène Royal, Bernard Chabot, Eric Virvaud, Roland Caigneaux et Georges Stupar (@Frédérick Moulin) 

Transcription par Militants de l’Espoir À Gauche avec Ségolène Royal / F.M.

Bonjour à tous, ce débat public, cette rencontre publique a été proposée et voulue par un certain nombre de citoyens de la Région, et je remercie les élus régionaux, dont notamment Georges Stupar qui est responsable des politiques énergétiques à la Région [et vice-président Vert du Conseil régional, NdlR], je salue l’ensemble de nos invités que je pense que Georges a présentés à l’instant.

Georges Stupar : Pas encore, pas encore.

 Pas encore ? Alors fais-le, peut-être, Georges.

Georges Stupar : alors Monsieur Chabot de négaWatt, qui est notre invité de maître ce soir puisque tout tourne autour de votre recherche, Monsieur Eric Virvaux, qui es aussi notre invité de maître parce qu’il est l’homme des énergies renouvelables, Monsieur Roland Caigneaux pour Poitou-Charentes Nature, qui vont, ce soir, participer au débat

Voilà. Alors l’idée de ce débat a eu lieu lorsque nous avons fait un séminaire de travail entre élus régionaux, nos invités étaient présents et j’ai trouvé ça vraiment passionnant, et donc on s’est dit, c’est l’occasion de prendre ce que vous dites et d’entamer un débat public autour de la mutation énergétique, parce qu’il y a des enjeux qui sont très importants.

On sait bien que cette mutation énergétique du pays ne sera possible que si les citoyens s’en saisissent, et pas si cette mutation est imposée d’en haut, ou s’il y a une confrontation sans que les citoyens aient le droit de faire un diagnostic très précis de la situation pour pouvoir peser sur les choix, d’abord les modes de vie, ça implique les choix en terme d’allocation des ressources publiques, et puis les choix en terme aussi d’impact des choix énergétiques sur l’équilibre planétaire.

Donc c’est pour ça que nous avons joint à la fois la problématique d’organiser l’après-pétrole, et celle d’organiser l’après-nucléaire pour sortir du même pas de cette double dépendance. Alors, ce qui est évident aussi, c’est que je crois que le débat doit éviter les réponses partielles, ou sectorisées, parce qu’on voit bien que ce qui reste à inventer aujourd’hui, c’est une alternative globale, c’est-à-dire un nouveau modèle économique crédible qui soit en même temps écologiquement efficace et socialement juste.


(@Frédérick Moulin)

Les problèmes sont posés depuis longtemps. Il y a eu le premier choc pétrolier en 1973, déjà on se dit que les choses sont bien lentes parce dès le premier choc pétrolier, les choses auraient dû aller beaucoup plus vite sur les alternatives au pétrole. Il y a eu Tchernobyl en 1986, là aussi, pas beaucoup de réactivité après. Il y a eu tous les débats sur les changements climatiques, et on voit bien avec quelle lenteur, et même quelles régressions il y a dans la mise en place du Grenelle de l’environnement, on me disait à l’instant, certains élus régionaux avaient l’information que, en effet, par exemple, sur les 800 000 logements isolés qui avaient été prévus dans le Grenelle de l’environnement, il n’y en avait que 100 000 qui avaient été réalisés, puis il n’y avait plus de fonds publics, et donc le programme était interrompu, donc on voit aussi la nécessité d’une constance, impérativement, dans les choix politiques qui sont faits.

Donc là il y a un nouveau contexte de crise, qui s’est ouvert avec Fukushima, avec un point de non-retour, et donc du coup, il y a eu un ébranlement des opinions publiques, et comme c’est le cas souvent, hélas, malheureusement, souvent il faut attendre des crises pour que les choses soient prises en main, encore qu’on vient de le voir par les deux exemples précédents, que ce soit le choc pétrolier ou Tchernobyl, on a bien vu que les crises n’avaient pas été mises à profit pour changer de modèle économique.

Donc le moment est venu plus que jamais, et cette fois il faut quand même tenir bon, pour ne pas que les choses se réenlisent à nouveau en quelques années, pour repenser radicalement les choix, notamment repenser le choix français du « tout nucléaire », et rompre, avec une politique velléitaire telle que je viens de l’évoquer, avec la mollesse des politiques dans le domaine des énergies renouvelables, avec par exemple la remise en cause de toutes les décisions fiscales qui concernent l’énergie solaire, et qui même dans la Région qui est la nôtre, a remis en cause un certain nombre de projets.

D’abord moi je pense que cette mutation est possible, alors, nous le faisons ici dans la Région grâce à une majorité où les socialistes, avec Europe Ecologie, travaillent puissamment dans cette dynamique-là de l’excellence environnementale, une volonté des élus très forte, à laquelle j’associe d’ailleurs les centristes humanistes qui sont là, et je pense que dans cette majorité régionale, vraiment, d’abord depuis 2004, déjà, il y a un acquis qui a été engrangé, et vraiment une mobilisation de chaque instant pour faire de l’excellence environnementale, qui était d’ailleurs la thématique aussi de notre campagne, c’est l’engagement tenu envers les citoyens, et pour faire en sorte de mener une politique transversale.

(@Frédérick Moulin)

Nous avons un Fonds d’Excellence Environnementale qui est passé à 122 millions d’euros par exemple, je ne vais pas vous accabler de chiffres, mais c’est vrai qu’aujourd’hui nous avons par exemple 1700 installations photovoltaïques, plus de 1000 logements à basse consommation, 1700 logement sociaux à très haute performance énergétique, c’est nous, notre Région, qui en avons fait le plus, sur le territoire régional.

Dans nos 90 lycées publics, nous avons 12% de production d’énergie renouvelable, le lycée Kyoto, comme vous le savez, qui est le premier lycée en France zéro énergie fossile.

Dans les transports, ça c’est un problème très lourd, nous avons augmenté l’offre de transports publics avec une augmentation de 56% du nombre de passagers sur les TER, nous sommes à l’origine du développement du véhicule électrique, nous développons les éco-carburants de la 3ème génération, qui ne sont pas concurrent des productions alimentaires, à partir des algues, par exemple, ou à partir des déchets.

On a mis en place le Pôle régional des éco-industries, avec le Salon de le Croissance Verte, auquel je vous invite au mois de septembre prochain.

Bref, nous avons aujourd’hui des résultats puisque nous pouvons évaluer à 300 000 tonnes d’équivalent CO2 économisés par an les résultats de la politique régionale.

Le plan énergie solaire également, avec la filière photovoltaïque, et le fonds de résistance photovoltaïque que nous venons de mettre en place en riposte aux décisions gouvernementales de frapper cette filière, parce qu’elle avait le tort de remettre en cause le rôle d’EDF, et de coûter trop cher à EDF. Donc il y a des décisions économiques inadmissibles qui ont été prises et qui ont frappé les PME de la Région dans ce domaine. D’une main on les a encouragés, et de l’autre, tout d’un coup, les coups politiques fiscaux les ont frappés, donc la Région s’est substituée, a compensé ce mauvais coup porté à la filière photovoltaïque en mettant en place le Fonde de résistance photovoltaïque pour que tous les projets qui étaient dans les tuyaux puissent se réaliser.

Nous avons voté le Plan Energie 2020, c’est-à-dire qu’il y a une capacité de se projeter en avant, ce qui est suffisamment rare, parce que d’habitude les élus, eh bien ils se limitent finalement à la durée de leurs échéances électorales, là nous ne sommes élus que pour 4 ans compte tenu des réformes en cours, et malgré tout, nous avons la volonté politique de nous projeter en avant, c’est-à-dire avec ce plan énergie 2020 qui nous donne la définition d’un bouquet diversifié d’énergies renouvelables, avec des objectifs chiffrés pour la mobilisation de la ressource en bois, le solaire thermique, le photovoltaïque, l’éolien, la valorisation des déchets, les éco-carburants, et bien sûr tout le travail sur la sobriété et l’efficacité énergétique.

(@Frédérick Moulin)

Bon, alors bien évidemment une collectivité locale, aussi volontariste soit-elle, ne peut pas tout, hein, bien évidemment, mais elle peut beaucoup. Elle peut beaucoup si ses élus en ont la volonté, c’est ce que nous montrons, et surtout ce que nous démontrons c’est que – et ça c’est valable sur le plan national, il faut que ça serve de modèle, ça doit servir de modèle au plan national  – c’est que, dès que l’on réfléchit au problème du pétrole et du nucléaire, on voit que c’est une réponse globale qu’il faut apporter.

Parce qu’il y a à la fois des problèmes, des enjeux économiques très forts, comme le problème des coûts de production, le problème de déficit commercial via la facture pétrolière, la question des entreprises qui ont énormément à gagner grâce à la mutation éco-industrielle, par exemple donc il y a des gisements d’efficacité économique dans cette mutation écologique, ensuite.

Il y a des problèmes de santé et de sécurité publiques, avec toute la question des pollutions multiples, des pollutions atmosphériques, des pesticides, des plastiques, des déchets nucléaires, [c’est quand même… s’être battu contre l’enfouissement] des déchets nucléaires, c’était une des causes clés, une des raisons clés aussi du fait de dire que l’énergie nucléaire était une énergie propre : non, il y a des déchets nucléaires sur lesquels on n’a toujours pas trouvé de solution.

Et puis troisième volet, donc vous voyez, l’efficacité économique et sociale, parce que c’est lié aussi à l’emploi, la question de la santé et de la sécurité publique, la question de la paix dans le monde, parce que même quand on agit au niveau local, on est relié, en tant que citoyen du monde, à ce qui se passe au niveau global, parce qu’on sait qu’il y a des déplacements massifs de population dus au réchauffement planétaire, il y a des conflits et des guerres liés à la recherche du contrôle de l’eau ou au contrôle des ressources naturelles, il y a de l’insécurité dans les zones d’extraction de l’uranium et des autres matières premières énergétiques, il y a une dissémination nucléaire, à cause de la frontière très poreuse entre le civil et le militaire, et puis il y a la question, je le disais à l’instant, de tous les réfugiés climatiques, qui est un des problèmes mondiaux les plus graves du moment.

Donc les énergies renouvelables, on le dit souvent, et d’ailleurs je le dis souvent, par définition, ce sont les énergies de la paix, c’est dire à quel point aussi cet enjeu, au-delà des solutions nationales et locales, nous implique dans les enjeux mondiaux.

Et puis il y a l’enjeu de l’indépendance et de la souveraineté énergétique des pays, ce fut la grande ambition du nucléaire en France, un des gros arguments, c’était l’indépendance énergétique. On sait aussi les limites à ça, avec l’uranium, de toute façon qu’on importe, et donc les énergies renouvelables sont des enjeux très forts de l’indépendance énergétique, et surtout dans les pays les plus pauvres de la planète qui par définition sont  dans les pays chauds. Là aussi on peut s’interroger sur les retards en matière d’équipement des pays les plus pauvres, notamment des pays africains, et se demander pourquoi les grands organismes internationaux d’aide publique comme la Banque mondiale ne se sont pas impliqués plus lourdement, plus fortement dans ces perspectives-là, qui sans doute auraient fait reculer la pauvreté depuis longtemps.

(@Frédérick Moulin)

Un autre élément de réflexion c’est la dimension européenne, et là aussi trop souvent l’Europe sert de prétexte à l’inaction française. C’est vrai que l’Europe est un échelon pertinent pour démultiplier un changement de politique pour le changement climatique, avec la mise en place d’une politique énergétique commune : recherche, innovation, investissement, avec des financements communs.

Mais quand on cherche les grands chantiers de relance et d’investissement européens, eh bien on sait pertinemment que la question énergétique ou la question des transports collectifs sont sans doute les domaines d’investissement qui feraient le plus levier au niveau du développement économique ; là aussi on s’étonne d’un retard dans ce domaine.

Voilà une des questions clés, j’ai toujours pensé que l’Europe pouvait se redonner un contenu, à un moment où l’on voit le problème d’un euro qui existe sans qu’il y ait de politique économique commune. Et souvent j’entends dire : « Moi je ne veux pas mettre en place des politiques globales économiques, nos pays sont trop différents, etc. ». Enfin s’il y a quelque chose qui relie bien l’ensemble des pays européens quel que soit leur niveau de développement, c’est bien les politiques énergétiques. Donc il est évident que la première des politiques économiques européennes à mettre en place, c’est la politique énergétique commune.

Enfin, au cœur de cette problématique, il y a ce que j’appelle la social-écologie, c’est-à-dire l’écologie qui est mobilisatrice, qui n’est pas moralisatrice, qui n’est pas catastrophiste, qui n’est pas punitive, mais qui entraîne l’ensemble des citoyens sur une mutation des comportements, parce qu’ils vont comprendre qu’on donne une cohérence globale aux décisions que l’on prend ensemble. C’est une politique qui doit défendre le pouvoir d’achat, qui garantit l’accès de tous à l’énergie, et qui protège efficacement ceux qui en ont le plus besoin.

Alors pour entamer le débat, peut-être, nous avons travaillé avec l’ensembles des élus régionaux en identifiant 4 lignes d’action : d’abord l’idée du lancement d’un plan national réellement ambitieux pour les économies d’énergie. C’est vraiment très important, Europe Ecologie le rappelle très souvent : une fois qu’on se lance dans les débats techniques sur l’énergie, on oublie toujours la première étape, celle de commencer par économiser l’énergie. L’énergie la moins chère, c’est celle qu’on économise, ça c’est sûr.

Donc avec les problèmes de transport, le recyclage, etc., la question de l’habitat, que j’évoquais tout à l’heure, qui pourraient constituer un vrai…, on le sait, c’est quelque chose que je répète, et que tout le monde sait : en ce moment, pourquoi ça n’est pas mis en place plus puissamment, puisque le chantier d’isolation de 800 000 logements à l’échelle nationale permettrait des créations d’emplois très importantes non délocalisables, durables, sur des métiers sur lesquels les jeunes au chômage pourraient trouver des activités. Donc dans cette dynamique-là, il y a bien sûr ce plan national pour les économies d’énergie, je cite l’habitat, mais il y aurait bien d’autres sujets.

(@Frédérick Moulin)

En Région par exemple nous avons lancé, vous le savez peut-être, un appel à projet sur l’isolation des maisons, et notamment pour les retraités qui ont des petites retraites, pour les travaux d’isolation dans les combles, dans les toits, notamment en milieu rural. Non, parce que souvent les petits retraités, et les retraités avec des petites retraites se disent : « Bah, c’est trop tard pour nous. » ; et on voit maintenant la moitié des retraites qui partent dans le chauffage, ça, ce n’est pas possible. Quel que soit son âge, on a le droit d’investir dans le futur et de bénéficier des nouvelles technologies qui permettent des économies d’énergie.

L’autre grand volet, bien sûr, ce sera le Plan national de développement des énergies renouvelables, qui serait décliné sur chaque territoire local, en associant la population aux choix des énergies.

On sait que la France a le deuxième gisement de vent en Europe, le soleil apporte chaque jour des milliards de watts gratuitement, l’Espagne a cette année couvert la moitié des sa consommation énergétique grâce à l’éolien, et l’Allemagne, quoique moins ensoleillée que la France, est leader dans le photovoltaïque, c’est dire à quel point le monopole du nucléaire a étouffé aussi les initiatives économiques dans les autres filières, la preuve.

À titre indicatif, je prends un calcul pour tous les élus régionaux, mais vous connaissez peut-être ce chiffre, si en moyenne on installait une éolienne par commune, en moyenne, on ne va pas implanter systématiquement une éolienne par commune, mais si par exemple on installait dans chaque région autant d’éoliennes que de communes, 36 000 éoliennes de 6 MW, fonctionnant en moyenne 2000 heures par an, cela donne une production totale de 432 TWh par an, soit davantage que les 408 TWh fournis par l’ensemble de nos réacteurs nucléaires.

Ce n’est pas forcément la solution, mais ça veut dire que la sortie du nucléaire, comme vont le redire nos invités, n’est pas une absurdité technologique, n’est pas une absurdité technique, c’est quelque chose qui est techniquement faisable, reste à savoir comment on conduit cette mutation, comment on conduit cette évolution, comment on associe les citoyens, comment on assure la conversion de nos ingénieurs, il y a des formats peu sur le nucléaire, et comment on les remet dans une dynamique positive par rapport à cette mutation énergétique.

Vous voyez, on ne va pas se lancer dans un guerre des énergies, parce qu’il y a du potentiel intellectuel, il y a de matière grise considérable, qui est dans les centrales nucléaires, donc comment est-ce qu’on déclenche un mouvement de forces positives, qui s’ajoutent les unes aux autres, pour qu’à un moment, ça c’est une parole forte d’un Etat à ce moment-là, et qui dit que tout le monde va s’y mettre, y compris les ingénieurs qui ont été formatés dans le nucléaire, parce qu’ils ont quelque chose à apporter aussi sur la façon dont on va pouvoir précisément sortir du nucléaire, et ensuite sur la façon dont on va pouvoir démanteler les centrales nucléaires, et ensuite sur la façon dont on va pouvoir continuer à gérer la question des déchets nucléaires.


(@Frédérick Moulin)

En tout cas moi je pense qu’en sortant du nucléaire, il faudra maintenir 1 ou 2 réacteurs, peut-être plus, peut-être moins, ça c’est les débats technologiques qui le diront, pour pouvoir continuer à maitriser la technologie du nucléaire, pour pouvoir continuer les recherches sur la question du traitement des déchets nucléaires, que ce soient les déchets que nous avons stockés en France, ou que ce soient les déchets qui sont produits dans d’autres centrales que la France a vendues à d’autres pays.

Enfin, le plan massif sur l’énergie solaire, bien évidemment, en reprenant au niveau national les perspectives que nous avons fixées au niveau régional.

Il y a aussi le 4ème point, c’est une réflexion sur la privatisation du capital d’EDF, pour éviter comme au Japon la privatisation des profits reversés aux actionnaires quand tout va bien, et la nationalisation des pertes quand surviennent toutes ces catastrophes, ou quand il faut investir sur la sécurité des centrales, et ça, ça pose la question à la fois du rôle de la puissance publique, de la protection des populations, et si l’on veut qu’EDF devienne un véritable levier du développement des énergies renouvelables, eh bien il va falloir repenser la question de la propriété d’EDF pour qu’il y ait vraiment une maîtrise publique de ce grand opérateur national.

C’est comme ça je pense qu’on devrait poser d’autres idées, c’est le débat qui va permettre de les faire émerger, et surtout comment est-ce qu’on organise cette sortie pour que ce soit crédible, pour que la population y adhère, et que la mutation des modes de production, des modes de consommation, accompagne la mutation technologique, à la fois de la décroissance d’un certain nombre de productions énergétiques, pour la remplacer par la croissance d’autres types d’énergies, notamment les énergies renouvelables.

C’est pourquoi pour terminer je voudrais dire que la sortie du nucléaire doit être volontariste mais en même temps soutenable financièrement, technologiquement et socialement, en indiquant clairement les perspectives, parce qu’il faut indiquer un terme, je ne sais pas, les écologistes disaient samedi une vingtaine d’années je crois, est-ce que c’est la bonne échéance ?

Moi je crois qu’il faut toujours se fixer des échéances avec des objectifs assez radicaux pour pouvoir orienter le mouvement, parce que quand les échéances sont assez floues, à ce moment-là il y a toujours de bonnes raisons de ne pas agir. Donc c’est vrai qu’il vaut mieux fixer des objectifs clairs, après il faut qu’ils soient crédibles, moi je n’ai pas la compétence non plus pour dire dans quel délai, ça dépend de toute façon des moyens qu’on se donne pour en sortir, à la fois les moyens qu’on se donne pour les économies d’énergie et pour la mise en place technologique des énergies de substitution. Voilà.

(@Frédérick Moulin)

Sur le plan international il est évident qu’il faut mettre en place des zones d’exclusivité nucléaire dans le monde, et en priorité dans les territoires situés sur les zones sismiques. Je crois que ce travail n’a pas été fait, puisque je vois que le Japon vient de relancer ce matin… [murmure dans la salle] hein ? L’exclusion, qu’est-ce que j’ai dit ? L’exclusivité ! (Rires dans la salle) D’exclusivité nucléaire, d’exclusion nucléaire. Le Japon a relancé, j’ai vu cette information ce matin, son programme d’équipement en énergie nucléaire. Donc vous voyez que finalement le débat est plus que jamais nécessaire. Voilà.

Enfin, je pense que tout cela ne peut être réussi que si nous avons une révolution démocratique. On le sait, je le dis depuis longtemps, chaque fois qu’il y a eu du secret sur la question de l’environnement, sur la question des risques écologiques, chaque fois ça a fait des catastrophes. Chaque fois qu’il y a une exigence de la puissance publique pour rendre transparentes les décisions qu’elle prend, eh bien le rapport de force au profit de la population fait qu’il y a moins de bêtises de faites en clair, qu’il y a moins de risques pris au mépris des populations.

Avec le nuage de Tchernobyl, on nous a fait croire que ça s’était arrêté à la frontière, c’est seulement maintenant qu’on apprend qu’il y a eu toute une série de cancers en Corse. Pourquoi ? Parce qu’il y a un mensonge officiel, pareil pour l’amiante, pareil pour le Mediator, on voit bien que sur tous les risques sanitaires, chaque fois qu’il y a le pouvoir de l’argent ou le pouvoir de contrôle technologique de ceux qui savent par rapport à ceux, soi-disant, qui n’ont pas le droit de savoir, chaque fois on a des catastrophes sanitaires. Et dans cet enjeu-là du débat énergétique, il y a une exigence démocratique très forte à mettre en place. On le fait ici dans la Région, vous le savez, avec la démocratie participative, avec les jurys citoyens et je pense qu’on pourrait justement à l’échelle nationale mettre en place une conférence citoyenne pour organiser le grand débat de 2012, avec des auditions publiques, qui soient télévisées, les citoyens tirés au sort dans certaines conférences citoyennes, des associations qui soient mobilisées, un droit de regard et un droit d’accès et un droit d’expertise indépendant des différentes associations pour que le débat puisse se conduire et se démultiplier à l’échelon des territoires régionaux.

(@Frédérick Moulin)

En tout cas, vous l’avez compris, la Région, elle, ne demande qu’à être un territoire expérimental pour mener ce grand débat citoyen qui permettra aux hommes et aux femmes de notre pays de se saisir eux-mêmes du modèle énergétique qu’ils ont envie d’avoir, et de l’impact sur les modes de vie que cela implique. En tout cas nous sommes prêts à faire en sorte qu’une fois de plus la Région soit expérimentale dans cette démarche démocratique, et cette réunion en est bien évidemment la première étape. Je vous remercie de votre attention. (Applaudissements nourris)

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