L’Ecole en danger, c’est la République en danger

Chers amis,

Je suis à Laval avec Guillaume Garot, le député de la circonscription. Nous nous rendons avec les parents, auprès des    écoles occupées. Après une table ronde de travail, une réunion publique me permet de donner les grands axes de mon projet présidentiel, à partir des valeurs et constats suivants :

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1) L’Ecole en danger, c’est la République en danger

Pas d’égalité républicaine sans école dispensant à chaque enfant le bagage de savoirs, de savoir-faire et de savoir être nécessaire à chaque époque.

Quand la République manque à sa promesse scolaire, c’est tout l’édifice qui vacille à perte de confiance dans les    institutions, dans les adultes (ceux d’avant n’assument pas leur responsabilité à l’égard de ceux d’après), dans la valeur de l’effort et du mérite, dans l’avenir (la déception ou la défiance    scolaire nourrit le pessimisme des jeunes et des parents pour leurs enfants)

C’est vrai dans tous les pays mais en France beaucoup plus qu’ailleurs car l’école de la République est un fondement de    la nation (de l’identité nationale bien comprise).

2) Le premier gisement de croissance d’un pays, c’est son    école.

La dépense éducative n’est pas un surcoût à éradiquer par tous les moyens mais le premier des investissements productifs. Cette dépense doit être rentable mais sa rentabilité, c’est la formation    effective des générations appelées à prendre le relais et à redresser la France.

Ce n’est pas l’éducation nationale qui coûte cher à la France, c’est l’échec scolaire et son aggravation par les    politiques destructrices et à courte vue.

De nombreux travaux d’économistes le montrent : des politiques scolaires socialement élitistes inhibent la croissance    et sacrifient des chances de développement. C’est en développant son enseignement primaire et secondaire que la France a, dans les 30 Glorieuses, rattrapé son retard de productivité sur les    Etats-Unis.

3) Je mettrai fin à la paupérisation programmée de l’école et nous    remonterons la pente.

Optimiser la dépense éducative, ce n’est pas la sabrer aveuglément ! Former les enseignants, ce n’est pas un luxe    (enseigner serait le seul métier qui ne s’apprendrait que sur le tas ?), c’est une nécessité.

On ne restaure pas l’autorité des maîtres en affichant l’obsession d’en réduire le nombre, en précarisant la profession    à coups de vacataires mal payés. On ne lutte pas efficacement contre les incivilités et les violences scolaires en rendant de plus en plus précoce le tri sélectif d’une école de plus en plus    élitiste, en diminuant les taux d’encadrement et la présence adulte dans les établissements.

4) Aucune fatalité : d’autres pays comparables font    mieux que nous sur le double plan de la réussite scolaire globale (totalité d’une classe d’âge) et de l’atténuation de l’impact de l’origine sociale sur les résultats scolaires. Pas seulement la    petite Finlande mais aussi le Canada ou la Corée du Sud.

L’erreur majeure de l’éducation en France (pointée par toutes les comparaisons internationales, la Cour des Comptes,    l’Institut Montaigne, etc.) = dissocier la réussite d’une élite scolaire et celle du plus grand nombre.

Résultat?

Une élite certes performante mais plus étroite qu’ailleurs (et une moindre mobilité sociale) et 15% à 20% d’une classe    d’âge en grande difficulté scolaire puis professionnelle.

Un facteur d’appauvrissement collectif. Un gâchis qui affaiblit le pays dans la compétition mondiale. Un élitisme    contre-productif et fauteur de violences (quand la règle est vécue comme faussée et l’échec comme assuré, il ne reste souvent que la transgression pour sauver la face).

5) Les jeunes ne sont pas dupes du message anti-éducatif du pouvoir    actuel

Comme leurs parents et comme leurs enseignants, ils perçoivent la gravité de l’entreprise de destruction en    cours.

Ils ne sont pas dupes des mensonges sur l’égalité des chances et la fausse lutte contre l’échec scolaire, qui    accentuent à leurs yeux la disqualification de la parole politique.

Ils décodent avec lucidité le double langage et les actes de ceux qu’ils appellent des « double face    ».

6) Il n’y a pas 2 jeunesses, l’une qui serait vouée à la réussite et    l’autre qui serait condamnée à l’échec

Il n’y a qu’une jeunesse de France, quelle que soit l’origine ou la profession de ses parents, l’endroit où elle    habite, la couleur de sa peau ou les ressources de sa famille, la diversité de ses parcours de formation.

A cette jeunesse, l’école de la République doit les moyens de réussir ses études et la France des raisons de le    vouloir. C’est à ces conditions que la société peut être exigeante pour ses enfants et donner à chacun le goût de se dépasser.

Les armes du savoir ne sont pas seulement nécessaires pour trouver un emploi ou le créer (rôle de la qualification mais    aussi de la confiance en soi et de la capacité d’initiative, domaines dans lesquels les jeunes Français ne caracolent pas en tête alors que, pourtant, ils débordent d’énergie, d’idées, de    projets): elles sont aussi nécessaires pour comprendre le monde, s’y inscrire et agir sur lui = citoyenneté active.

Ségolène Royal

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