Trichet veut un ministre des Finances européen

02/06/2011 | Mise à jour : 19:27

Jean-Claude Trichet a reçu le prix international Charlemagne, jeudi à Aachen, en Allemagne.
Jean-Claude Trichet a reçu le prix international Charlemagne, jeudi à Aachen, en Allemagne.Crédits photo : Martin Meissner/AP

 

Ce ministre des Finances, vu par le patron de la Banque centrale européenne, devrait s’assurer que chaque État membre respecte bien les règles budgétaires et les critères de compétitivité dictés par l’Europe.

Qui eut cru le toujours prudent Jean-Claude Trichet capable de lancer un tel pavé dans la mare de l’Europe? À cinq mois de la fin de son mandat à la Banque centrale européenne (BCE), le gouverneur, qui se voyait remettre jeudi une prestigieuse médaille en Allemagne au titre de «sa contribution à l’unification européenne», en a profité pour livrer un testament en forme de brûlot: «Serait-ce trop audacieux, d’un point de vue économique, avec un marché unique, une monnaie unique et une banque centrale unique, d’envisager un ministre des Finances de l’Union?» Une proposition qui exige, ni plus ni moins, de revoir les traités européens… Cet hypothétique ministre des Finances, vu par Jean-Claude Trichet, devrait s’assurer que chaque État membre respecte bien les règles budgétaires et les critères de compétitivité dictés par l’Europe. Et si ce n’est pas le cas, il aurait des moyens d’intervention. Bref, de quoi susciter de fortes réactions de la part des États membres, toujours jaloux de leur souveraineté. Pourtant, insiste le gouverneur qui a essuyé les plâtres de la monnaie unique, «l’interdépendance signifie que les pays n’ont pas de facto une autorité interne complète. Ils peuvent expérimenter des crises causées entièrement par les politiques économiques néfastes menées par d’autres». En clair, la pire perte de souveraineté n’est pas de rendre des comptes à une autorité européenne, mais bien de voir son économie à genoux à cause des dérives de ses voisins, comme le Portugal vient d’en faire l’amère expérience.

Un droit de veto

La débâcle grecque – que Jean-Claude Trichet se garde bien de commenter directement – est au cœur de son argumentation. Comment éviter les crises dans la zone euro? Avec plus de surveillance. Mais aussi comment les gérer quand elles éclatent? De façon beaucoup plus volontariste. «Dans le schéma actuel, toutes les décisions restent dans les mains du pays concerné», rappelle le banquier central, espérant capitaliser sur l’agacement face aux efforts jugés insuffisants d’Athènes.

À l’avenir, il préconise une politique en deux étapes pour aider les pays en difficulté. «Dans un premier temps, il est justifié d’offrir une assistance financière dans le contexte d’un solide programme d’ajustement. Il est approprié de donner aux pays l’opportunité de redresser la barre par eux-mêmes et de restaurer la stabilité.» Mais si cela ne suffit toujours pas, le gouverneur milite pour une influence directe de Francfort et Bruxelles. «On pourrait imaginer que les autorités européennes aient un droit de veto sur certaines décisions de politiques économiques.» Sur des dépenses fiscales majeures, par exemple. Bref, si à Aachen, Jean-Claude Trichet a cité en vrac Érasme, Victor Hugo et Kant, c’était bien les accents de Martin Luther King qui l’animaient: après huit ans à la BCE, l’europhile aurait pu conclure «j’ai fait un rêve»…

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