Fiabilité des sondages

Chers amis, Chères amies,

Nous sommes quelques uns, comme vous le savez, à émettre de sérieux doutes quant à la fiabilité des sondages    d’intention de vote dont on nous abreuve depuis des mois, et à déplorer en tout cas la fréquence et l’usage qui en sont faits dans une presse qui oublie trop souvent les limites de ces outils et    les conditions imparfaites de leur fabrication. Notre avis pourrait n’avoir que peu de poids et être taxé de partisan dans une période où ces derniers ne donnent pas, loin s’en faut, notre    candidate favorite.

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Au hasard de mes lectures, je suis retombée sur cette enquête post-21 avril 2002 d’un sociologue soucieux de mieux    décrypter les comportements (et les errements) des médias et des instituts de sondage dans la campagne présidentielle de l’époque. Cette contribution publiée par Arnaud Mercier dans l’ouvrage    collectif « Le vote de tous les refus » (Presses de Sc.po, 2003), sous la direction de Pascal Perrineau, est extrêmement instructive et impressionnante d’actualité.

Je vous laisse en prendre connaissance en vous rappelant une chose simple: le seul sondage qui compte,  c’est    celui des urnes. Continuons à nous mobiliser!

Najat VALLAUD BELKACEM


 » […] Revenons sur le rôle décisif de l’argument chiffré des sondages et des usages qu’on en fit. Pour commencer, il    est fécond de partir de ce que les médias n’ont pas voulu entendre et de ce que le public n’a donc pas pu connaître. Le 16 avril 2002, la Commission des sondages publia le communiqué suivant    :

« La Commission rappelle qu’elle contrôle systématiquement tous les sondages ayant un rapport direct ou indirect avec    une élection. Après avoir constaté qu’un certain nombre des règles qu’elle est chargée de faire respecter avait été méconnues, la Commission a été amenée à intervenir de plus en plus fréquemment    depuis quelques semaines auprès des instituts de sondage ou des organes de presse qui ont assuré la diffusion des résultats.

Elle estime nécessaire, à quelques jours du scrutin, d’insister sur la prudence avec laquelle les sondages d’intentions    de vote doivent être interprétés et ceci pour deux séries de raisons. La première tient aux modalités de constitution des échantillons des personnes interrogées, à la proportion élevée des    personnes sondées n’exprimant aucun choix et à celle, parmi les intentions exprimées, des personnes qui ne sont pas sûres de leur choix.

La seconde tient à certains des procédés de redressement auxquels ont actuellement recours les instituts de sondage.    Dans ces conditions, la Commission des sondages tient à souligner les limites de fiabilité des sondages. La Commission rappelle enfin que les sondages ne sont qu’un instrument d’analyse de    l’opinion publique et non pas un outil de prévision des résultats électoraux. »

Ce communiqué et son devenir sont tout à fait révélateurs des problèmes de l’information en campagne    électorale.

En effet, ce dernier n’a pas été repris par les rédactions, à l’exception de l’afp, de La Tribune, du Télégramme de    Brest, de l’Humanité et du Parisien, sous forme de brèves, synthétisant un communiqué lui-même déjà très court. Autrement dit, cette mise en garde (émise par une instance légitime à en adresser)    a été cachée au public.

Elle représentait un inconvénient majeur aux yeux des rédactions, celui de signifier explicitement que tout le travail    interprétatif proposé par les journalistes, leurs commentaires fondés sur les nombreux sondages parus, la commande d’enquêtes plus ou moins coûteuses, ayant vocation à être reprises par les    autres médias en citations (accroissant ainsi la notoriété du support cité) reposaient sur du sable.

La Commission dit explicitement que les sondages ne sont pas des instruments de prévision du vote comme les    journalistes tendent à les utiliser, et qu’en plus, en 2002, les conditions d’indécision de l’électorat et de redressement des données brutes doivent conduire à la plus extrême prudence sur la    véracité des chiffres publiés.

Dans une telle situation, la rigueur professionnelle obligerait les journalistes à se défaire de cet outil d’analyse    impuissant, mais les soucis cumulés de conserver un support pour produire de l’analyse quotidienne, pour faire démonstration de leur finesse d’analyse dans le commentaire et pour assurer une    reprise dans les autres médias, ont eu raison de leur éthique de responsabilité.

Jérôme Sainte-Marie, directeur des études d’opinion à bva, le reconnaît sans ambages, lui qui affirme    que « certains sondeurs ont beau dire n’importe quoi, ça n’a finalement aucune importance. On leur demande juste de créer l’événement. Et ça marche : les gains de notoriété sont plus    rentables que la fiabilité… » ( Télérama, 2729, 30 avril 2002) …[…]

Extrait de « Les médias en campagne » in « Le vote de tous les refus », Presses de sciences po, 2003

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