Ségolène Royal sur C+ propose réforme fiscale, réforme bancaire et gouvernance mondiale efficace pour un partage équitable des richesses et une remise en marche de l’économie (TEXTE/VIDEO)

« Je pense que le temps des femmes est venu.» a été sa phrase de conclusion.

Ségolène Royal était l’invitée ce matin de Caroline Roux dans La Matinale de Canal+.

L’interview a été menée énergiquement par Caroline Roux dans ce format court d’un peu plu de 10 minutes, avec les minutes qui défilaient sur un affichage comme sur un ancien tableau de départ d’aéroport, ce qui a amené Caroline Roux à interrompre Ségolène Royal pour avancer plus vite.

Malgré tout, de nombreux thèmes ont été abordés par la candidate aux primaires socialistes : DSK et le ‘strauss-kahnisme’, qui ont permis à Ségolène Royal de recentrer le débat sur les vrais problèmes des Français et les solutions concrètes possibles pour 2012 :

réforme fiscale pour une plus juste répartition des richesses produites, car le capital doit être « au moins, au moins, c’est la moindre des choses, autant taxé que le travail »,

réforme bancaire avec « des règles strictes » et une entrée de l’Etat « au capital des banques »,

« gouvernance mondiale efficace » pour une plus juste répartition des richesses, qui ne se fasse pas au seul profit des fonds financiers et des entreprises du CAC 40,

sécurité et encadrement militaire des délinquants, avec un projet d’expérimentation à La Rochelle d’une mesure proche de celle proposée par la candidate de 2007, aujourd’hui proposée par le député UMP Ciotti.

Interrogée sur sa position par rapport aux dernières propositions de Jean-François Copé concernant le RSA, Ségolène Royal a rappelé qu’elle était favorable au « donnant-donnant », « si c’est fait dans un bon état d’esprit ». Et elle souligné qu’une politique ne pouvait se contenter d’effets d’annonces – une pierre dans le camp du gouvernement, de Sarkozy et de la droite au pouvoir – car, par exemple « 60% [des peines d’intérêt général] ne sont pas appliquées, parce qu’il n’y a pas d’encadrant, et qu’on ne trouve pas les peines d’intérêt général, donc avant de faire des annonces, il faut mettre en place les solutions et passer à l’action ».

Frédérick Moulin

S.Royal était l’invitée de la Matinale de Canal+ par segolene-royal

 

Transcription par Militants de l’Espoir À Gauche avec Ségolène Royal / F/M.

Caroline Roux : Ségolène Royal, présidente socialiste du Conseil régional de Poitou-Charentes, si certains se posent encore la question de la détermination de Martine Aubry, personne ne s’interroge sur celle de la candidate Royal. Malgré les sondages, elle croit toujours en ses chances pour les primaires. Pendant ce temps-là, comme les autres socialistes, elle sait que la présidentielle devra se faire sur fond de procès DSK. Bonjour, Ségolène Royal.

Ségolène Royal : bonjour.

Caroline Roux : bienvenue à La Matinale. Alors on a vu des femmes de chambre hier accueillir Dominique Strauss-Kahn au cri de « Shame on you ! », « Honte sur vous ! ». Est-ce que vous pensez que l’opinion en France, comme aux Etats-Unis, a déjà condamné Dominique Strauss-Kahn ?

Ségolène Royal : je comprends que vous me posiez cette question, mais vous savez que je me suis fixée une règle, je ne veux plus commenter cette affaire qui est maintenant entre les mains de la justice. Donc il faut que la vérité émerge, elle va émerger, je le pense, des débats.

Caroline Roux : Martine Aubry a dit hier : « Nous sommes tous touchés personnellement et politiquement. ». Vous non ?

Ségolène Royal : je ne veux pas commenter. Moi je suis engagée aujourd’hui auprès des Français, je vois les Français qui souffrent, qui espèrent autre chose de la France de demain pour 2012. Aucun ne me parle de l’affaire de DSK, aucun. Aucun.

Ségolène Royal : « Moi je suis engagée aujourd’hui auprès des Français, je vois les Français qui souffrent, qui espèrent autre chose de la France de demain pour 2012. Aucun ne me parle de l’affaire de DSK, aucun. Aucun »

Caroline Roux : vous croyez que ça n’intéresse pas les Français ?

Ségolène Royal : je pense que si, d’ailleurs vous me posez la question, c’est que ça les intéresse, ça les sidère, et d’une certaine façon ça les consterne. Ils veulent savoir ce qui s’est passé sans doute. Mais je puis vous dire que dans les contacts au quotidien, dans les réunions de travail, dans les visites de terrain et j’en fais beaucoup, aujourd’hui à travers la France, personne ne me parle de cette question-là.

Pourquoi ? Parce qu’il y a tellement de difficultés aujourd’hui, on voit les éleveurs qui sont en train de mourir, on voit la sécurité qui se dégrade partout, on voit les écoles…

Caroline Roux, lui coupant la parole : on va parler de ces sujets qui sont importants, mais on commence une campagne présidentielle. Est-ce que vous pensez que le procès peut polluer l’ambiance de la campagne ?

Ségolène Royal : si c’est instrumentalisé, si c’est exploité, peut-être, mais moi je me forcerai de toute façon de rester au-dessus, parce que vraiment, des millions de Français attendent autre chose, ils espèrent des solutions concrètes aux problèmes qui se posent, retrouver une espérance, que la France retrouve ses valeurs morales, ses fondamentaux, et…

Caroline Roux, l’interrompant : ils attendent de la clarté, notamment sur la ligne politique, les Français, sans doute. On a entendu Vincent Peillon qui a dit : « Dominique Strauss-Kahn va nous manquer. Nous avons besoins d’un gauche moderne en France. ». Qui peut incarner, politiquement, sur le fond, ce strauss-kahnisme ? Est-ce que vous-mêmes vous avez, depuis, j’allais dire, le fait que Dominique Strauss-Kahn ne soit clairement pas candidat à la présidentielle, travaillé avec les straus-kahniens ?

Ségolène Royal : « Mais je ne me situe absolument pas par rapport aux autres socialistes »

Ségolène Royal : mais je ne me situe absolument pas par rapport aux autres socialistes. Moi je suis tournée…

Caroline Roux, l’interrompant : vous pourriez rassembler.

Ségolène Royal, poursuivant : … je suis tournée vers les Français, mais ce sont les Français qui vont décider de ce rassemblement, puisque de toute façon les règles des primaires sont claires, c’est celui ou celle qui sera désignée(e) par les Français les 9 et 16 octobre prochains, tous les Français peuvent venir voter, et celui ou celle qui va être désigné, j’espère bien sûr être celle-là, en tout cas j’y travaille dans cette perspective, rassemblera tous les socialistes. C’est la règle.

Donc les français peuvent se rassurer, ceux qui craignent que les primaires seront un pugilat ou une dispute, moi je veux les rassurer, et il y aura un débat de haut niveau, il y a suffisamment de problèmes à régler, de solutions concrètes à avancer, de perspectives à tracer, de sens à donner à l’avenir du pays…

Caroline Roux, lui coupant la parole : justement, c’est vraiment de cela que je vous parle, alors peut-être que je me suis mal exprimée, mais sur le fond, ça pose une question sur la ligne politique. Hier on a entendu Benoît Hamon qui a déclaré, alors c’était à propos de la défaite des socialistes portugais aux législatives, il disait : « Il est essentiel que la gauche européenne n’applique pas les politiques d’austérité. Nous voulons tourner le dos à ces choix politiques mauvais pour l’Europe. ». On se dit qu’il est un petit peu en marge de ce que proposait l’ancien patron du FMI, vous-même par rapport à ce sujet-là sur l’austérité, qui touche là pour le coup les Français, comment est-ce que vous vous situez ?

Ségolène Royal : moi je pense que le socialisme efficace, c’est celui qu’il faut réaliser. Il y a un socialisme qui marche, et c’est celui-ci qu’il faut faire. Qu’est-ce que c’est qu’un socialisme qui marche ? C’est un socialisme qui permet d’apporter des réponses concrètes à la question que vous posez.

Le problème, et Benoît Hamon a en partie raison lorsqu’il dit qu’il faut tourner le dos aux politiques d’austérité, la réalité, c’est qu’il va falloir faire quand même des efforts considérables puisque la situation du pays est grave, que la crise économique est là, mais ce qui ne va pas dans les politiques actuelles, c’est pour ça que les peuples se révoltent dans les pays que vous citez, c’est parce que l’austérité c’est toujours pour les mêmes. Donc moi je réponds quelque chose d’équilibré et d’efficace, et je dis…

Caroline Roux, l’interrompant : alors à quoi ça ressemble une ‘austérité équilibrée’, alors ?

Ségolène Royal : « Ça veut dire qu’il faut que les plus riches payent davantage que les classes moyennes et que les plus pauvres »

Ségolène Royal : ça veut dire qu’il faut que les plus riches payent davantage que les classes moyennes et que les plus pauvres. Or aujourd’hui la mondialisation se fait sur le dos des classes moyennes et des catégories populaires, c’est-à-dire qu’il y a une décroissance de la France qui se traduit par un déclassement de ceux qui travaillent, et ça ce n’est pas acceptable, et par un enrichissement…

Caroline Roux, lui coupant la parole en haussant la voix : alors ‘les plus riches’ ça veut dire quoi ? C’est qui ? Ce sont les banquiers ? Ce sont les salaires les… , les plus riches, ça veut dire que vous créez une tranche d’impôt supplémentaire, par exemple ?

Ségolène Royal : « Il va falloir faire une réforme fiscale dans laquelle le capital sera au moins, au moins, c’est la moindre des choses, autant taxé que le travail »

Ségolène Royal : les plus riches, ce sont ceux qui possèdent le capital. Puisqu’aujourd’hui en France le capital est beaucoup moins taxé que le travail, donc il va falloir faire une réforme fiscale dans laquelle le capital sera au moins, au moins, c’est la moindre des choses, autant taxé que le travail.

Ségolène Royal : « Il faudra mettre des règles très strictes, et il faudra que l’Etat rentre au capital des banques pour que les banques fassent leur travail »

Deuxièmement, on voit les résultats effectivement du système bancaire, qui a été renfloué par le contribuable, et qui devrait aujourd’hui se mettre au service du développement des petites et moyennes entreprises, donc il faudra mettre des règles très strictes, et il faudra que l’Etat rentre au capital des banques pour que les banques fassent leur travail.

Ségolène Royal : « Il faudra une gouvernance mondiale efficace pour que les fruits de ces profits soient équitablement répartis, c’est assez simple »

Quant aux entreprises du CAC 40 et aux fonds financiers qui n’ont jamais fait autant de profits qu’aujourd’hui, c’est-à-dire qui sont les seuls à bénéficier de la mondialisation, il faudra une gouvernance mondiale efficace pour que les fruits de ces profits soient équitablement répartis, c’est assez simple.

Pourquoi ça ne se fait pas ? Parce qu’il y a une forme d’inertie dans la gouvernance mondiale, une forme de connivence aussi entre un certain nombre de pouvoirs et les puissances financières, qui racontent à nos gouvernants que si l’on touche au profit des banques, on va accélérer la crise, alors que c’est tout le contraire qui est vrai.

Caroline Roux : alors le dossier s’est déplacé ces derniers jours sur le thème de la sécurité. On a entendu Eric Ciotti proposer de durcir l’application de peines, c’est un député UMP, et il propose une forme de service civique pour les mineurs les plus difficiles qui pourraient être encadrés militairement. Vous savez quoi ? Ça nous rappelle la candidate Royal de 2007. C’est une bonne chose pour une socialiste que ces propositions soient reprises par un député de la Droite populaire, à la droite de l’UMP ?

Ségolène Royal : et pourquoi pas ? Ce qui est important, ce sont les propositions efficaces. Donc en effet, j’avais proposé l’encadrement militaire des délinquants. Pourquoi ? Parce qu’on sait que les prisons sont surchargées, et d’ailleurs ce rapport précise que 80 000 peines de prison aujourd’hui ne sont pas appliquées. Ça veut dire que les délinquants restent dans la rue. Donc vous découragez les policiers, vous découragez la justice qui a prononcé ces peines, et vous encouragez la récidive. Donc la situation est proprement explosive. Et le mérite de ce député UMP c’est au moins de faire une autocritique sur la politique de ce gouvernement qui a laissé se dégrader le système policier, le système judiciaire à ce point.

Ségolène Royal : « Donc oui je suis favorable à l’encadrement militaire des délinquants et d’ailleurs je propose que ce soit expérimenté dans la Région Poitou-Charentes »

Donc oui je suis favorable à l’encadrement militaire des délinquants et d’ailleurs je propose que ce soit expérimenté dans la Région Poitou-Charentes que je préside, puisqu’il y a un régiment qui doit fermer à La Rochelle, eh bien…

Caroline Roux, lui coupant la parole : vous l’avez pas encore fait depuis 2007 ?

Ségolène Royal : si…

Caroline Roux : ah bon.

Ségolène Royal :je l’ai proposé au ministre Morin, quand il était là, il a refusé. Donc aujourd’hui je vois que la proposition revient, et en effet, dans la continuité de ce que j’ai toujours dit, je pense que la prison pour les jeunes, c’est l’école du crime, ils en ressortent encore davantage délinquants qu’ils n ‘y sont entrés puisqu’il y a une surpopulation carcérale. Il faut donc trouver des alternatives à la prison et je dis chiche au gouvernement, expérimentons cela, et moi je suis favorable à le faire avec le maire de La Rochelle, Maxime Bono, puisque nous avons écrit ensemble au ministère de la Défense pour expérimenter dans le régiment de La Rochelle l’encadrement militaire des jeunes délinquants.

Caroline Roux : vous avez déjà pris contact avec le ministre de la Défense ?

Ségolène Royal : le nouveau, là ?

Caroline Roux : oui, le nouveau, (Rire de Ségolène Royal) Gérard Longuet, non ?

Ségolène Royal, riant au début : je vais le faire suite à ce rapport. Parce qu’il faut avoir de la cohérence et de la continuité, vous savez dans l’action politique. Quand on croit à quelque chose, il faut aller jusqu’au bout.

Caroline Roux : et de la détermination.

Ségolène Royal : exactement.

Caroline Roux : vous en avez toujours autant ?

Ségolène Royal : oui bien sûr.

Caroline Roux : vous irez jusqu’au bout…

Ségolène Royal, pendant que Caroline Roux parle : bien sûr.

Caroline Roux : … si Martine Aubry se présente ?

Ségolène Royal : bien sûr, oui.

Caroline Roux : voilà, ça c’était la question obligée, hein, vous savez.

Ségolène Royal, sans attendre que Caroline Roux ait fini sa phrase : les Français auront comme ça une liberté de choix.

Caroline Roux : allez, on passe au « J’aime / J’aime pas » si vous le voulez bien. « J’aime / J’aime pas » Jean-François Copé qui propose des heures de travail pour certains bénéficiaires du RSA.

Ségolène Royal : mais je crois que c’est déjà fait. Moi je suis favorable au donnant-donnant. Effectivement, quand on donne des revenus de subsistance, de substitution, en contrepartie on peut très bien demander une activité, d’ailleurs souvent ils le demandent, vous savez les gens qui sont au RSA ne demandent qu’une chose souvent, c’est de se rendre utile et de pouvoir s’insérer dans le monde du travail, donc je n’y vois pas d’inconvénient si c’est fait dans un bon état d’esprit.

Encore faut-il leur trouver des activités, parce que voyez-vous les peines d’intérêt général, pour revenir à la question de la sécurité, 60% d’entre elles ne sont pas appliquées, parce qu’il n’y a pas d’encadrant, et qu’on ne trouve pas les peines d’intérêt général, donc avant de faire des annonces, il faut mettre en place les solutions et passer à l’action.

Ségolène Royal : « 60% des peines d’intérêt général ne sont pas appliquées, parce qu’il n’y a pas d’encadrant, et qu’on ne trouve pas les peines d’intérêt général, donc avant de faire des annonces, il faut mettre en place les solutions et passer à l’action »

Caroline Roux : deux petits « J’aime / J’aime pas » assez vite. « J’aime / J’aime pas » les primaires à la mode Europe Ecologie – Les Verts.

Ségolène Royal : bien c’est plutôt pas mal.

Caroline Roux : ça se passe plutôt pas mal ?

Ségolène Royal : oui, ça se passe plutôt pas mal. L’important, c’est qu’il y ait du débat de qualité, du respect mutuel, et je crois que c’est ce qui se passe.

Caroline Roux : et « J’aime / J’aime pas » une journée de la jupe à l’Assemblée Nationale, est-ce que vous y seriez favorable ?

Ségolène Royal : moi je suis favorable tout simplement à des règles vraiment très claires sur le respect des femmes, sur la dignité des femmes, et ça vraiment il faut que les élus donnent l’exemple, ils sont chargés de faire la loi et il est intolérable de découvrir un certain nombre de comportements totalement immatures, et je pense que lorsqu’il y aura la parité à l’Assemblée grâce au nom cumul des mandats, les choses iront mieux parce que les femmes se feront respecter comme elles le sont dans les conseils municipaux où il y a la parité, et on se rend compte qu‘elles se défendent davantage et qu’elles se font respecter.

Caroline Roux : et une femme présidente, ça pourrait peut-être changer la donne aussi, hein ? C’est une idée.

Ségolène Royal : je pense. (Puis avec un ton enjoué) Je pense que le temps des femmes est venu.

Caroline Roux : merci beaucoup Ségolène Royal d’avoir été notre invitée ce matin, on passe au Monde en question.

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