Education : le point sur les annonces de Luc Chatel…

http://profils.blogs.com/profils/2010/02/luc-chatel-refuse-la-m%C3%A9diation.html

Reconnaissons-lui ce mérite : le ministre de l’Education Luc Chatel a tenu bon. Succédant à Xavier Darcos, qui avait craqué face aux blocus des lycéens, l’affable transfuge de L’Oréal a maintenu la paix scolaire malgré les dizaines de milliers de postes supprimés. Il s’agissait de  » faire mieux avec moins ». Mission d’autant plus acrobatique que Nicolas Sarkozy avait, dès son entrée en fonction, promis monts et merveilles aux parents et déclaré sa flamme aux enseignants. Autant d’engagements repris par le ministre, et déclinés en un feu d’artifice d’annonces. L’échec scolaire, le redoublement, la violence à l’école… éradiqués. Les profs, plus respectés, les jeunes Français, enfin bilingues, les parents, désormais libres d’inscrire leur enfant où ils le veulent. Le ministère même, recruteur ! Il consacre 1,35 million d’euros de campagne de com pour le faire savoir… Alors Luc Chatel, magicien ou enfumeur ? Le Nouvel Observateur dresse le bilan en huit points.

1. Tous les profs remplacés ?

Le 26 mai dernier, le rectorat de Paris a lancé avec Pôle Emploi une opération très médiatique pour « recruter » des professeurs. Un abus de langage. En fait, le rectorat ne fait que se constituer un stock de supplétifs, dans lequel il compte piocher l’année prochaine. Car le nombre des vrais profs remplaçants, lui, a fondu : de plus de 20.000 en 2004, ils sont tombés sous la barre des 14.000 en 2011. Une agence nationale du remplacement des professeurs, conçue par son prédécesseur Xavier Darcos, devait permettre d’économiser 3.000 postes de remplaçants. Elle n’a jamais vu le jour. Mais les postes, eux, ont bien été supprimés. Tout cela n’a pas empêché Luc Chatel, en 2010, de promettre que les absences de professeurs seraient prises en charge dès le premier jour – au lieu du délai habituel de deux semaines. « 96% des absences sont remplacées », plastronne le ministère. En réalité, il ne parle que des profs qui manquent plus de quinze jours. Pour le reste ? Le pépin de dernière minute ? Là, ça ne s’arrange pas. Le temps que le chef d’établissement appelle le DRH de son académie et que celui-ci réagisse, la semaine aura passé. Les rectorats ont beau recruter à Pôle Emploi, recourir à des étudiants ou à des retraités, « plus de la moitié des absences de courte durée ne sont pas remplacées », constate Guy Barbier, M. Statistiques au Se-UNSA, le deuxième syndicat d’enseignants. Des chiffres corroborés par les documents budgétaires et un rapport du ministère de 2009, jamais publié.

2. Un bilan de compétences pour collégien

Faites le test : demandez à voir le livret de connaissances et de compétences de votre collégien. Vous ne savez pas de quoi il s’agit ? Lui non plus. Il est pourtant obligatoire. Selon la loi de 2005, l’élève doit avoir acquis un bagage minimum de savoir-faire et des connaissances tout au long de sa scolarité, et les professeurs sont censés consigner tout cela dans ce livret personnel standard, élaboré par le ministère. Sept compétences au total évaluées en 120 points ou « items ». Les manuels ont été adaptés à cette nouvelle logique. Mais le reste a du mal à suivre. « Il faut du temps pour mettre en place les réformes », dit Philippe Fatras, inspecteur d’académie à Paris. Les professeurs manifestent un enthousiasme « variable ». Vérifier des dizaines d’items pour chaque élève, c’est long, difficile à organiser « et pas toujours utile », entend-on. Alors ils continuent souvent à procéder comme avant. « Les professeurs sont aussi censés annoncer au début du cours quelle compétence va être travaillée, explique le principal d’un collège du 93, mais une grande partie d’entre eux s’y refusent. » Cette année, pour la première fois, les élèves de troisième devront avoir validé, pour leur brevet, les sept compétences. Les professeurs s’y sont mis fébrilement au troisième trimestre.

3. Bilinguisme, so what ?

Nicolas Sarkozy y tenait : il fallait que chaque lycéen devienne « au moins bilingue et pour certains trilingues ». Le menu était appétissant : initiation dès la maternelle, cours en petits groupes au collège et au lycée, correspondant étranger pour chacun, et stages pendant les vacances. So what Sophie, professeur des écoles depuis dix ans dans l’Eure : « Chez nous, les cours ne sont assurés qu’en CM1 et CM2, faute d’enseignants formés. Les plus anciens n’ont pas l’habilitation. Et les débutants, supposés maîtriser l’anglais, en sont parfois très loin. « 

La suite n’est pas plus flambante. Isabelle, professeur d’anglais à Pantin (93), confirme : « Rien n’a changé. Quant à l’épreuve du bac, elle consiste toujours en un texte long, littéraire, avec des questions auxquelles il faut répondre par écrit. » La dernière évaluation du niveau des élèves date… de 2004. Et la France se classait bonne dernière en Europe.

4. La fausse disparition de la carte scolaire

« Je remplacerai la carte scolaire par une obligation de mixité sociale. Je propose que chaque famille ait le choix de l’établissement scolaire de son enfant », disait le candidat Nicolas Sarkozy. La carte scolaire doit disparaître d’ici à 2012. Il y a loin de la coupe aux lèvres. Une fois quelques classes ouvertes dans les établissements les plus convoités, le ministère a arrêté les frais, limité les mouvements. Le libre choix est ingérable. Dès 2008, deux rapports du ministère restés confidentiels constatent l’échec de cette politique : « La mixité sociale n’a pas été améliorée, voire a continué à se dégrader », tout comme la mixité scolaire. Un exemple : à Marseille, en 2009, les collèges « ambition réussite » perdent en moyenne 8% de leurs effectifs – souvent les meilleurs élèves l’un d’eux a même vu fondre ses troupes de 30% ! le SNPDEN, le syndicat des chefs d’établissement, a mené son enquête et arrive aux mêmes conclusions. Quatre ans plus tard, le sujet embarrasse la Ruede-Grenelle : « Nous avons assoupli la carte, mais nous ne l’avons pas supprimée. Nous ne pourrons le faire que lorsque nous serons en mesure de fournir aux familles des indicateurs clairs sur les performances de chaque établissement. »

5. La proximité contre la violence à l’école

Luc Chatel en a fait un cheval de bataille, promettant la présence d’un policier référent dans chaque établissement sensible. Concrètement, 43 policiers référents ont maintenant leur bureau dans l’un des 184 établissements visés. « Une police de proximité est en train de se remettre en place grâce à l’Education nationale », ironise Eric Debarbieux, le sociologue de la violence scolaire. Les diagnostics pour identifier les failles dans la sécurisation des établissements sont pratiquement bouclés, mais les travaux préconisés sont, eux, à la charge des collectivités locales, qui rechignent. Les équipes mobiles de sécurité ont commencé à travailler. Dans l’académie de Toulouse, ils sont une douzaine, qui opèrent à la demande.  » Les établissements ne cessent de nous appeler », affirme l’officier de gendarmerie Jean-Philippe Verne, à la tête de cette équipe. Par ailleurs, il mène des enquêtes auprès des élèves et des professeurs pour recenser tous les faits de violence et y remédier. Résultat ? « Nous ne savons pas », admet-on au rectorat de Toulouse. Faute de baromètre. « Les enquêtes du ministère ne sont pas conçues pour mesurer l’efficacité de telle ou telle mesure », confirme le chercheur Sebastian Roché. Pour autant, y a-t-il aggravation ? Il ne semble pas. Le seul outil – approximatif – du ministère, un sondage auprès d’un échantillon d’établissements, livre des chiffres stables depuis trois ans. Autour de 10 à 11 incidents graves pour 1.000 élèves. De même, les violences faites aux professeurs n’ont pas augmenté, selon les statistiques de leur principale assurance professionnelle.

6. Absentéisme, une loi pour l’exemple

Le laxisme, c’est fini ! Les parents dont les enfants font trop l’école buissonnière (plus de 4 demi-journées sur un mois) ne toucheront plus les allocations familiales. La loi a été votée à la dernière rentrée et le décret d’application est paru le 23 janvier 2011. Qu’en pense-t-on dans les établissements ? Les principaux et les proviseurs, chargés de signaler les tireurs au flanc, sont goguenards. « Ces absents représentent 60% de mon effectif en lycée pro, et 40% en lycée techno. La mesure est juste inapplicable ! », s’exclame Olivier Pallez, proviseur de lycée dans l’académie de Nancy-Metz. « Tout cela n’est pas crédible, renchérit Philippe Tournier, secrétaire national du syndicat des chefs d’établissement. En Seine-Saint-Denis, on a calculé que l’inspecteur d’académie devrait rencontrer 9.000 familles si on appliquait cette mesure. » Fin mai, sur 56 départements, il y avait eu 8.000 élèves signalés. Les trois quarts sont revenus suivre les cours plus régulièrement, ce dont le ministre se félicite, estimant que la menace a fonctionné. Il y a eu au final 31 suppressions d’allocations. Un ou deux par académie. Autrement dit, rien du tout.

7. La réforme du lycée Un tuteur pour chaque élève ?

Ca ne s’est pas fait. Deux heures par semaine d’accompagnement  « personnalisé pour répondre aux besoins de chaque lycéen » et l’aider à réfléchir à son orientation ? Les lycéens sont déçus : « La personnalisation n’existe pas, c’est un cours déplus avec des choses qu’on n’avait jamais vues avant. » Véronique, professeur de physique à Paris : « En fait, nous avons les classes entières et nous ne pouvons absolument pas faire du surmesure. » Et comme les programmes n’ont pas été allégés, les profs sont tentés d’utiliser ce temps pour avancer. Quant aux stages de remise à niveau pour éviter les redoublements – coûteux et inefficaces -, il semble qu’il n’y en ait pas eu. Cela dit, la réforme n’a porté que sur la seconde. Elle ne sera achevée que dans deux ans. Il est donc un peu tôt pour faire un bilan. Mais la mise en route se fait dans la douleur.

8. Mieux former et mieux payer les professeurs ?

Le 4 septembre 2007, Nicolas Sarkozy écrivait une vibrante lettre aux 850.000 enseignants : « La Nation vous doit une reconnaissance plus grande, de meilleures perspectives de carrière, un meilleur niveau de vie, de meilleures conditions de travail. » Quatre ans plus tard, la fête est finie. La réforme de la formation des profs, jugée calamiteuse par tous, a provoqué la démission de milliers de débutants. Le président a fini par faire amende honorable voici quelques mois. Certes, on a relevé à bac+5 le niveau requis, mais la formation concrète au métier a quasiment disparu. Et les salaires ? « Les jeunes enseignants ont reçu une augmentation de 10%, soit 500 à 600 euros par an », explique Josette Théophile, la DRH de l’Education nationale. Soit un quart seulement des enseignants. Pour mémoire, un professeur débutant gagne 1.584 euros net mensuels. Au bout de vingt ans, de 2.365 à 2.543 euros. Quant aux conditions de travail, les heures supplémentaires explosent. Car, pour les suppressions de postes, les promesses du ministre ont été tenues à la virgule près.la-lettre-de-sarkozy-aux-enseignants

Caroline Brizard et Véronique Radier – Le Nouvel Observateur

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/societe/20110608.OBS4735/education-le-point-sur-les-annonces-de-luc-chatel.html

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