LES poètes Jean ferrat

Jean Ferrat
LES
POÈTES

Extrait du poème d’Aragon
« Prologue »

http://youtu.be/9WVagekyJME

 

Je ne sais ce qui me possède
Et me pousse à
dire à voix haute
Ni pour la pitié ni pour l’aide
Ni comme on avouerait
ses fautes
Ce qui m’habite et qui m’obsède

Celui qui chante se
torture
Quels cris en moi quel animal
Je tue ou quelle créature
Au nom
du bien au nom du mal
Seuls le savent ceux qui se turent

Machado dort
à Collioure
Trois pas suffirent hors d’Espagne
Que le ciel pour lui se fît
lourd
Il s’assit dans cette campagne
Et ferma les yeux pour
toujours

Au-dessus des eaux et des plaines
Au-dessus des toits des
collines
Un plain-chant monte à gorge pleine
Est-ce vers l’étoile
Hölderlin
Est-ce vers l’étoile Verlaine

Marlowe il te faut la
taverne
Non pour Faust mais pour y mourir
Entre les tueurs qui te
cernent
De leurs poignards et de leurs rires
A la lueur d’une
lanterne

Étoiles poussières de flammes
En août qui tombez sur le
sol
Tout le ciel cette nuit proclame
L’hécatombe des rossignols
Mais
que sait l’univers du drame

La souffrance enfante les songes
Comme une
ruche ses abeilles
L’homme crie où son fer le ronge
Et sa plaie engendre
un soleil
Plus beau que les anciens mensonges

Je ne sais ce qui me
possède
Et me pousse à dire à voix haute
Ni pour la pitié ni pour
l’aide
Ni comme on avouerait ses fautes
Ce qui m’habite et qui m’obsède

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